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Jura. Les industriels pétroliers lorgnent le sous-sol du massif jurassien

octobre 24, 2011
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Delphine Givord et Jean-Philippe Cavaillez, Publié le 15/03/2011, in Le Progrès

Infographie Le ProgrèsInfographie Le Progrès

Alors que la polémique autour du gaz de schiste prend de l’ampleur, nous avons découvert que des permis d’exploration miniers avaient été délivrés sur la quasi-totalité du département. Officiellement pour du pétrole

Le Jura, nouvel eldorado des pétroliers ? Sur la carte de France des « périmètres des titres miniers d’hydrocarbures », cachée au fin fond du site internet du ministère de l’Écologie, le département n’est plus qu’une immense tache jaune, synonyme des prospections à grande échelle qui sont ou vont être menées dans nos sols par des sociétés pétrolières étrangères. Espèrent-elles trouver du schiste, dans le sous-sol particulièrement propice car calcaire du massif jurassien ? Nous avons mené l’enquête, et la réponse est « peut-être ». L’État, lui, répond par la négative. Officiellement, ces groupes ont obtenu des permis d’explorations miniers pour « rechercher du pétrole ou du gaz de houille ». Mais en pleine polémique sur le gaz de schiste, un gaz « non conventionnel » et les dégâts que son extraction engendre sur l’environnement, la question mérite d’être creusée. Ce n’est pas la première fois que les industriels pétroliers s’intéressent au sous-sol jurassien : dans les années 1970, un gisement de gaz avait été découvert sur le premier plateau et exploité pendant une trentaine d’années par la cimenterie du mont Rivel. Il y a deux ans, un projet avait été mené du côté de Macornay puis abandonné. Cette fois, ce sont des compagnies australiennes et anglo-saxonnes, connues pour exploiter, entre autres, du schiste sur plusieurs sites dans le monde, appelées European Gas Limited, Celtique Energie, Egdon et Realm qui se partagent plus de 10 000 km 2 sur le Jura et sa région, de l’Ain au Haut Doubs. Le dernier permis en date a été accordé à l’automne sur la région de Pontarlier.

Et tout cela sans que personne, ou presque, ne soit au courant, plus encore localement. Les Écologistes jurassiens suivent pour l’instant la mobilisation de loin, tout occupés qu’ils sont par la campagne pour les élections cantonales, mais commencent à s’en préoccuper sérieusement et envisagent des actions. « Pour l’instant, il n’y a aucune information, mais de l’intox, de la part des industriels comme des gouvernants !, tempête Bertrand Rio, au siège du mouvement de Corinne Lepage, « Cap 21 ». Sur le Jura, on n’a pas d’infos sérieuses pour le moment. Pourtant, une chose nous a interpellés : un article paru en Suisse, dans le journal « Le Matin » parlant d’un forage sous le lac Léman, qui faisait aussi état du Jura limitrophe. C’est complètement hallucinant : on découvre en permanence des trucs ; à Nîmes par exemple, il y a un puits qui tourne jour et nuit ! »

Comment savoir s’il y a « schiste sous roche » ? « Ceux qui mènent les explorations ne vont pas faire exploser le sous-sol, ils vont faire des carottages, explique Julie Poulhes de Breza, représentante de Cap 21 en Franche-Comté. Pour l’instant, personne n’a signalé avoir vu des machines en train de sonder. La difficulté, c’est qu’on ne sait pas où ils vont aller, les compagnies n’ont pas l’obligation de donner les coordonnées exactes. Et avec la polémique autour du schiste, ils vont certainement rester encore plus secrets. Mais il y a des indices : quand ils font des relevés dans les champs par exemple. Des convois de camions peuvent mettre la puce à l’oreille, les opérations nécessitant beaucoup de tubes. Il faudrait que tout le monde se mette en veille. » Nous avons tenté de joindre les compagnies pétrolières : aucune (à l’exception d’EGL, dont le patron est en ce moment en Asie) ne nous a répondu.

Aux Moussières, cœur de la prospection de Celtique Energie, même le maire, Jean-Marc Greninguey, ne sait pas exactement ce qui se passe sur sa commune. « On sait qu’ils se sont promenés à un moment, il y a un ou deux ans, et qu’ils cherchent du pétrole. Je n’ai pas d’info du tout, malheureusement ! De mémoire, on a reçu des courriers, furtivement, disant ‘‘on est sur votre commune’’. Même si je ne suis pas écolo à 100 %, on est quand même en plein parc naturel régional ! On a déjà eu assez de dégâts. L’ironie : lorsqu’on a lancé des études pour mettre des éoliennes, tout le monde était contre car ça se voyait trop dans le paysage. Sur ces forages-là, qui ne se voient pas mais ont d’autres conséquences, on sera peut-être tous d’accord pour les éoliennes ! »

Le schiste, une "nouvelle" énergie alternative déjà très controversée

La polémique autour du gaz de schiste a pris une tout autre ampleur ce week-end, avec le séisme au Japon et la menace nucléaire. En France, beaucoup ont entendu le mot « schiste » pour la première fois de leur vie il y a un mois. C’était le 26 février, en Ardèche, lors de la première manifestation des opposants, José Bové en tête, à cette forme de gaz naturel utilisée en particulier par les Etats-Unis depuis le début du XXIe siècle. La particularité du schiste, sous forme de gaz ou d’huile : la technique nécessaire à son extraction, nouvelle, délicate et qui causerait de lourds dégâts à l’environnement et à la santé. Une étude américaine, révélée il y a quelques semaines par le New York Times, conclu même à de la radioactivité. Pour extraire le schiste, entre 2 000 et 4 000 mètres sous terre, on utilise la technique dite de fracturation hydraulique, qui consiste à provoquer des failles à l’aide d’eau et de produits chimiques envoyés à très forte pression pour libérer le gaz et le pétrole pris dans la roche compacte. Un documentaire-choc, tourné en Amérique, est sorti sur le sujet schiste : « Gasland ». Les opposants français ont commencé à se mobiliser lorsque des forages de ce type ont été évoqués : en 2010, Jean-Louis Borloo a autorisé l’exploration du sous-sol français pour trouver de nouvelles ressources énergétiques. Nathalie Kosciusko-Morizet, actuelle ministre de l’Écologie, a missionné il y a quelques mois une commission d’évaluation des enjeux environnementaux qui rendra ses conclusions en juin et annoncé la suspension des permis de démarrer dans plusieurs départements comme l’Ardèche. Vendredi dernier, c’est le Premier ministre, François Fillon, qui a décidé de suspendre les forages jusqu’à la publication de ces résultats. Les associations réclament un moratoire.

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