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Grande-Bretagne : première extraction de gaz de schiste sur un site de la société Cuadrilla

novembre 3, 2018
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Grande-Bretagne : première extraction de gaz de schiste sur un site de la société Cuadrilla

Par La Provence (avec AFP)

Photo d'illustration.

La société britannique Cuadrilla a annoncé vendredi avoir extrait pour la première fois du gaz de schiste sur un site du nord-ouest de l’Angleterre deux semaines après avoir lancé une opération de fracturation hydraulique. Cuadrilla explique dans un communiqué avoir vu remonter à la surface de son puits d’exploration du gaz naturel, mêlé à de l’eau et de la roche.

« Les volumes de gaz arrivés à la surface sont limités pour l’heure », a déclaré le directeur général de Cuadrilla Francis Egan, ce qui n’a pas empêché sa société de décrire la nouvelle comme « importante et donnant une idée du potentiel » de l’exploitation.

Cuadrilla, qui a dû suspendre les forages à plusieurs reprises depuis une semaine en raison de mini-secousses sismiques, explique être au tout début des opérations et ne pas avoir pu encore injecter autant de sable que prévu. La société a obtenu le feu vert des autorités pour opérer la première fracturation hydraulique au Royaume-Uni depuis 2011, malgré nombre d’opposants notamment écologistes.

Le procédé de fracturation hydraulique consiste à créer des fissures souterraines et y infiltrer un mélange d’eau, de sable et de produits chimiques pour permettre l’extraction de gaz capturé dans la roche. La société soutient que le produit chimique utilisé n’endommagera pas les nappes phréatiques. Au-delà des critiques contre l’injection de produits chimiques dans le sol, la fracturation hydraulique fait l’objet de craintes au Royaume-Uni depuis que les précédentes opérations de ce type menées par Cuadrilla sur un autre site de la région ont été accusées d’avoir contribué à deux petites secousses sismiques en 2011.

Les opérations de fracturation hydraulique horizontale qui ont débutées dans le sous-sol ne constituent que des tests destinés à préciser la quantité de gaz disponible à plus de 2.000 mètres de profondeur. Leurs résultats, attendus début 2019, devraient permettre d’estimer l’intérêt d’une exploitation commerciale. D’autres projets d’exploitation de gaz de schiste sont à l’étude au Royaume-Uni mais aucun n’a commencé à produire, du fait de la complexité des procédures d’autorisation et de la réticence, voire de l’hostilité, d’une partie des riverains.

Le gouvernement britannique a donné son accord au projet de Cuadrilla en Angleterre mais les autorités régionales d’Édimbourg s’opposent en revanche à tout projet de production de gaz de schiste en Écosse.

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Le “fracking”, une menace pour la Colombie ?

novembre 3, 2018
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Bonjour,

Je suis Franco-Colombienne et je voudrais vous informer d’une activité minière qui va se dérouler dans le département de Boyacá en Colombie. Nous sommes un territoire avec de nombreuses richesses au niveau de la flore et de la faune, aussi en paléontologie et en archéologie, et avec 50% des páramos (réserve naturel d’eau) du monde entier. C’est un SOS que nous lançons dans le monde entier pour nous aider car les entreprises n’ont pas besoin de permission pour réaliser leur activité sismique et ensuite le fracking sans tenir compte de personne.
Merci de nous aider, nous avons besoin de vous. Aidez-nous à arrêter cette activité catastrophique.


Le “fracking”, une menace pour la Colombie ?

Par Nicolas BAGGIONI | Publié le 06/06/2018 à 16:39 | Mis à jour le 07/06/2018 à 09:37

Photo : Puits d’extraction façon « fracking ». Crédits : DR

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Le « Fracking ». Un terme que l’on entend souvent dans la campagne présidentielle 2018. Cette méthode d’extraction de pétrole et de gaz est très controversée en raison des dangers qu’elle représente. Iván Duque, du Centre démocratique, est pour. Gustavo Petro, de la Colombie humaine, contre. Pourquoi les deux candidats au Palais Nariño sont-ils opposés sur ce sujet ?

Le Fracking, qu’est-ce que c’est ?

Lorsque que nos réserves de pétrole ou de gaz commencent à s’épuiser, il reste une dernière méthode : la fracturation hydraulique, dit « fracking ». Développée dans les années 50, son fonctionnement est assez simple :

Etape 1 : Forer un puits dans une terre riche en gaz ou en pétrole jusqu’à plus d’un km de profondeur.
Etape 2 : Placer un conduit à l’intérieur du puits.
Etape 3 : Y injecter un mélange d’eau, de sable, et de produits chimiques à très forte pression.

Sous la puissance de l’injection, l’eau va automatiquement s’infiltrer dans la roche. Ce mécanisme va  créer des centaines de fissures, libérant alors des particules de gaz ou de pétrole qui remonteront à la surface. Celles-ci pourront ensuite être exploitées. Le sable présent dans le liquide permet d’empêcher les fractures de se reboucher, et donc, de continuer à exploiter le puits pendant plus d’une trentaine d’années.

 

Les avantages ?

Selon le gouvernement colombien, le pays connaîtra une panne sèche de pétrole en 2023. Les puits d’extraction classiques ne sont pas en capacité d’exploiter la totalité des ressources présentes sous nos pieds. Car celles-ci sont souvent situées à une trop grande profondeur. Le fracking permettrait d’extraire l’équivalent de 3 000 millions de barils supplémentaires – actuellement présents sur le territoire national.

Lire aussi: La question du pétrole divise le pays 

Cette quantité d’hydrocarbures semble être une réelle opportunité pour l’économie colombienne. Aujourd’hui, le pétrole représente près 6% du PIB. Le fracking permettrait-il de relancer la croissance ? De créer des emplois ? A l’heure actuelle, plusieurs pays procèdent ainsi, tels que les Etats-Unis ou le Canada. De facto, ces Etats jouissent d’une certaine indépendance énergétique sur la scène internationale.

Les inconvénients ?

Plus que des inconvénients, le fracking semble représenter de nombreux risques. Et selon les protecteurs de l’environnement, tels que l’ONG Greenpeace, le plus important est celui de l’injection de produits chimiques dans le sol. D’une manière générale, entre 80 à 300 tonnes de ces matières toxiques sont nécessaires par puits, dont près de 80% reste dans la terre une fois l’opération terminée. L’intérêt d’un tel mélange est de pouvoir contrôler la viscosité de la roche. Le risque : polluer la terre jusqu’à atteindre les nappes phréatiques.

Au delà de la consommation d’eau très importante nécessaire au fracking [19 000 000 L d’eau/puits], cette méthode reste un facteur de séisme. Car lorsque la roche est fracturée, c’est l’ensemble de la géologie locale qui peut être perturbée.

Il n’est également pas rare que des gaz radioactifs – ou autres émanations de gaz de schiste – naturellement présents dans la terre remontent à la surface. Il existe alors deux possibilités : opter pour l’évaporation de l’eau usée, au risque d’affecter directement les populations voisines, ou choisir de traiter l’eau, mais en ne garantissant pas une bonne désintégration des molécules toxiques. Pour ces raisons, le fracking est interdit dans de nombreux pays, dont la France depuis 2011.

Tryphonmer 20/06/2018 – 06:32

Très bonne présentation du problème. On pourrait ajouter que les pays qui utilisent le fracking ne sont pas des pays actifs sismiquement, le contraire de la Colombie. On peut penser que les micro séismes qui secouent maintenant les pays qui utilisent le fracking (et qui sont bien du à cette méthode d’extraction, comme l’on montré plusieurs articles scientifiques) pourrait engendrer beaucoup plus de dégâts ici en déstabilisant le sous sol. Le principe de précaution devrait donc s’appliquer.

Encore moins transparent que le Tafta : le futur accord de commerce post-Brexit entre l’Europe et la Grande-Bretagne

octobre 30, 2018
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in Observatoire des multinationales

PAR KENNETH HAAR, TAMASIN CAVE

Le processus de séparation du Royaume-Uni et de l’Union européenne avance lentement et dans la douleur. Tandis que les obstacles persistant à la signature d’un accord définitif monopolisent toute l’attention, les discussions ont déjà commencé, loin des regards du public, sur l’étape suivante : la conclusion d’un accord de commerce post-Brexit, qui entrera en vigueur suite à une période de transition. Les acteurs privés cherchent déjà à en influencer les contours et à pousser leurs intérêts, dans un processus qui s’avère encore plus opaque que ne l’étaient les négociations du Tafta.

Depuis que les Britanniques ont choisi par référendum de quitter l’Union européenne, les lobbyistes du secteur privé cherchent à faire en sorte que le futur accord régissant les relations commerciales entre l’UE et le Royaume-Uni leur assure un maximum de bénéfices, et entraîne le minimum de perturbations pour leurs affaires. Les plus actifs sont, sans surprise, ceux du secteur financier, qui ne ménagent pas leur peine pour obtenir un accord post-Brexit le plus avantageux possible pour la finance, non seulement dans la City de Londres, mais dans toute l’Europe.

Certaines de leurs propositions entraîneraient un affaiblissement des régulations et l’introduction de nouveaux privilèges pour les multinationales, comme la mise en place de « tribunaux spéciaux » permettant aux banques de poursuivre des gouvernements qui adopteraient des règles jugées inéquitables par le secteur financier, comme l’instauration d’une taxe sur les transactions financières. Dix ans après la crise financière, dont l’une des causes principales était précisément l’absence de régulations solides, l’affaiblissement des règles et des garde-fous mis en place après 2008 apparaît pourtant directement contradictoire avec l’intérêt public. Il est donc impératif que les négociations entre l’Union européenne et le Royaume-Uni soient transparentes, afin que le public puisse savoir qui cherche à influencer leur contenu et ce qu’ils proposent.

Notre enquête montre cependant que c’est exactement le contraire qui est en train de se passer. Les lobbyistes du secteur financier ont eu des contacts abondants avec les négociateurs et les décideurs, mais aussi bien les Britanniques que les Européens maintiennent l’omerta sur la teneur des discussions. Une opacité qui se situe dans la droite ligne de ce qui s’est passé autour de négociations commerciales précédentes, comme celles du Tafta, le très controversé projet d’accord transatlantique de libre-échange entre UE et États-Unis. À tout prendre, la négociation d’un futur accord post-Brexit est encore moins transparente que ne l’a été celle du Tafta.

Accès privilégié aux négociateurs

Dirigeants et hauts fonctionnaires bruxellois et britanniques ont multiplié les contacts avec les lobbyistes du secteur des services financiers depuis le référendum de juin 2016. Du côté du Royaume-Uni, par exemple, 20% des rendez-vous officiels des ministres en charge du Brexit avec des lobbyistes concernent le secteur financier : 56 réunions au total entre octobre 2016 et juin 2017. Soit davantage de rendez-vouspour le seul secteur financier qu’avec tous les acteurs de la société civile confondus sur tous les autres dossiers.

La structure de lobbying TheCityUK, qui a coordonné l’élaboration de certaines des propositions mises en avant par le secteur financier londonien, a obtenu en 18 mois plus d’une vingtaine de rendez-vous avec les ministres et les hauts fonctionnaires du Trésor britannique et du DexEU (Department for Exiting the EU, le ministère créé pour gérer le Brexit). À quoi s’ajoutent plus d’une douzaine de réunions, de dîners et de réceptions organisées par la City of London Corporation, l’autorité officielle de la « City », auxquelles ont participé les ministres concernés.

Les firmes du secteur financier ont également bénéficié individuellement d’un accès privilégié auprès du gouvernement. La banque d’investissement américaine Goldman Sachs, par exemple, a eu plus d’une douzaine de rendez-vous en tête-à-tête avec des ministres et des fonctionnaires, dont deux dîners privés avec le Chancelier britannique Phillip Hammond.

Le tableau est similaire du côté de l’Union européenne. Entre début 2017 et mars 2018, la taskforce en charge des négociations, dirigée par Michel Barnier, a eu presque 70 rencontres avec des institutions financières ou leurs associations professionnelles. On en dénombre ainsi 3 avec Deutsche Bank, 2 avec BNP Paribas et ainsi de suite pour les poids lourds de la finance sur le continent, mais aussi avec des grands noms de la City de Londres comme Barclays et Lloyds, ainsi qu’avec de nombreuses banques américaines dont Citigroup, JP Morgan Chase, Morgan Stanley et Goldman Sachs. Sans parler des très influentes structures de lobbying du secteur, comme TheCityUK et l’Association pour les marchés financiers en Europe (AFME).

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Le précédent du Tafta

Des deux côtés de la table des négociations, on s’était publiquement engagé à ce que les discussions sur les contours d’un futur accord de libre-échange post-Brexit soient transparentes, afin que toutes les parties intéressées, et pas seulement les grandes entreprises, soient impliquées et qu’elles puissent donner leur opinion avant que les décisions ne soient prises. Comme le ministre britannique du Commerce Liam Fox l’avait avoué l’année dernière, les négociateurs ne voulaient pas se retrouver dans la même situation qu’avec l’accord Tafta entre l’UE et les États-Unis, où « un travail énorme avait été accompli, avant qu’on se rende compte que le public ne l’accepterait pas ». Les gens, a-t-il ajouté, « s’intéressent davantage aux accords commerciaux » qu’auparavant. Il a promis que le public serait consulté.

La Commission européenne elle aussi avait fait des annonces prometteuses, indiquant au lancement des négociations qu’elles seraient menées « avec un niveau de transparence maximal tout au long du processus ». En réalité, lorsque nous avons voulu mener l’enquête, nous nous sommes heurtés aussi bien à Westminster qu’à Bruxelles à un refus de divulguer même les informations les plus basiques sur le lobbying du secteur financier, en dépit des lois en vigueur sur l’accès à l’information et aux documents administratifs des deux côtés de la Manche.

De fait, selon une enquête récente du média Unearthed, les deux départements ministériels en charge du Brexit sont les moins transparents de tout le gouvernement britannique. Le DexEU n’a répondu intégralement qu’à 17% des demandes officielles d’accès à l’information qui lui ont été adressées en 2017, tandis que le département en charge du commerce international (Department for International Trade, DIT) faisait à peine mieux avec 21%.

Ces chiffres sont le reflet de décisions politiques délibérées qui vont à l’encontre des obligations de transparence auxquelles sont légalement soumises les administrations britannique et européenne et du droit de savoir du public, et qui contredisent les engagements pris dans la foulée du référendum. Ces décisions ont un objectif : nous empêcher de comprendre ce qui se joue en coulisses avec les lobbyistes du secteur financier.

Discussions « off » avec le gouvernement britannique

Fin 2017, Corporate Europe observatory (CEO) a fait une demande officielle d’accès à l’information pour obtenir les compte-rendus de rendez-vous entre des fonctionnaires du DExEU et diverses multinationales [1]. Une démarche de routine dans le cadre de la législation britannique sur l’accès aux documents administratifs : nous voulions en savoir plus sur le détail des discussions autour du Brexit, et nous pensons que le public a le droit d’en savoir plus.

Mais le DexEU a sèchement refusé de publier ces informations, jugeant que notre demande n’était qu’un « coup de sonde » et ne servait aucun objectif réel. Même après avoir réduit le champ de notre demande, le département a persisté dans son refus de rendre public quelque information que ce soit, arguant que cela prendrait trop de temps.

Nous avons alors demandé les notes de seulement six rendez-vous entre le DExEU et des institutions financières. Apparemment, nous a-t-on affirmé, dans 5 de ces 6 cas, aucune note n’avait été prise. Et pour le sixième, avec TheCityUK, il n’était pas souhaitable que nous en prenions connaissance, parce que leur publication créerait un « précédent fâcheux ». Pour permettre une élaboration « optimale »des politiques publiques, les discussions avec les multinationales doivent rester « confidentielles » selon le DexEU. Divulguer certains détails de ses discussions avec des lobbyistes du secteur financier « avant que des décisions [relatives au Brexit] soient prises » irait à l’encontre des intérêts britanniques. En réalité, les intérêts de la City sont très différents de ceux du public britannique en général, et ces derniers ne peuvent être protégés que si les discussions sont soumises à un réel examen avant que les décisions ne soient prises.

Nos tentatives auprès d’autres administrations britanniques n’ont fait que confirmer la tendance. Le bureau du Représentant permanent du Royaume-Uni auprès de l’Union européenne a purement et simplement refusé de nous communiquer même une simple liste des organisations qu’il avait rencontrées depuis le référendum du Brexit. Le simple fait d’apparaître sur une liste pourrait faire peur aux lobbyistes, nous a-t-on expliqué.

Mutisme européen

Si Michel Barnier – le négociateur en chef côté UE – et son équipe avaient promis une « transparence maximale », ils ne sont en réalité pas plus ouverts que leurs homologues britanniques. Suite à une demande officielle d’accès à l’information, la Taskforce a rendu publique une liste de ses rendez-vous avec le secteur financier pour le premier semestre 2017, mais en refusant elle aussi d’en divulguer les comptes-rendus ni le moindre détail sur la teneur des discussions ou sur ce que ces banques, hedge funds et autres géants financiers attendaient d’un futur accord post-Brexit.

Après des mois et des mois d’échanges avec la Taskforce de l’UE pour obtenir davantage d’informations, celle-ci a fini par communiquer un ensemble de courriers électroniques qui montre la fréquence et l’intensité de ses contacts avec le secteur financier, puisque l’ensemble de ces échanges représente pas moins de 186 pages de documents. Mais ceux-ci ne révèlent absolument rien, puisque les fonctionnaires européens ont « noirci » la quasi totalité de la teneur des messages, en ne laissant que les formules de politesse au début et à la fin. La Taskforce veut bien que le public sache comment les rendez-vous ont été organisés, mais pas ce qui y a été discuté.

La justification de cette opacité ? Outre quelques remarques sur la nécessité de protéger les « secrets commerciaux », l’argument de la Taskforce est qu’une « divulgation publique risquerait de troubler les négociations », et que la Commission avait « besoin de préserver un « espace protégé » pour des échanges préliminaires confidentiels ».

Après le Tafta et le Ceta, un degré supplémentaire dans l’opacité

Ce qui ressort clairement du travail d’investigation que nous menons depuis plusieurs mois, c’est qu’aussi bien du côté de Bruxelles que du côté britannique, on cherche délibérément à maintenir l’omerta sur les échanges entre les négociateurs et le secteur financier. En ce qui concerne l’UE, il s’agit même d’un recul majeur en termes de transparence : jamais auparavant les autorités européennes n’avaient ainsi refusé de révéler ne serait-ce que les propos tenus par les lobbyistes.

Les négociations entre l’Union européenne et les États-Unis n’ont certainement pas brillé par leur transparence. Cependant, les comptes-rendus des réunions ont fini par être rendus publics, sous une forme partiellement éditée. Les parties « noircies » des ces comptes-rendus étaient limitées à ce qui concernait la position des négociateurs eux-mêmes, et ne s’étendaient pas aux arguments défendus par les lobbyistes durant ces rendez-vous. Même en ce qui concerne le secteur financier. Malgré un virulent débat public sur le projet Tafta, une simple demande officielle d’accès pouvait entraîner la publication de douzaines de comptes-rendus de réunions, mais également de documents annexes, comme des notes transmises à l’UE par les associations professionnelles.

Alors que nous n’en sommes qu’aux premiers pas des discussions sur la future relation commerciale entre Union européenne et Royaume-uni, les lobbyistes du secteur financier ont déjà poussé abondamment leurs intérêts et leurs arguments auprès des décideurs des deux côtés de la Manche, influençant les positions officielles. Les lois en vigueur sur la transparence et l’accès aux documents prévoient certes des exceptions aux obligations de divulgation pour les négociations internationales, mais n’autorisent en aucun cas le type de refus total et unilatéral auquel nous nous sommes heurtés.

Imposer la transparence des négociations

L’enjeu est potentiellement énorme. Ces dernières années, le secteur financier a formulé des propositions très controversées, comme celle de créer des « tribunaux privés spéciaux » pour traiter les litiges entre un gouvernement et des investisseurs. Un mécanisme du type de l’arbitrage international investisseur-État pourrait être utilisé à l’avenir pour empêcher certains pays d’adopter des régulations financières d’intérêt public, ou pour leur infliger des amendes considérables. Il est en ainsi de la proposition d’une taxe européenne sur les transactions financières, que la City combat avec acharnement depuis des années. Les propositions défendues par la structure de lobbying UK Finance (dont les membres incluent BNP Paribas, Deutsche Bank, Barclays et Lloyds), si elles étaient adoptées, pourraient permettre de faire juger la taxe sur les transactions financières devant un tribunal spécial.

Si le futur accord entre Royaume-Uni et Union européenne continuait à être négocié dans les conditions actuelles, les deux parties pourraient maintenir secrètes, jusqu’au dernier moment, les propositions les plus controversées, en ne les révélant que lorsque les négociations auront abouti. Le seul choix restant sera alors entre d’un côté l’accord négocié, de l’autre la perspective effrayant d’une absence totale d’accord. Un scénario qui serait totalement antidémocratique. Il faut donc mettre fin à cette opacité avant que les négociateurs n’entrent dans le vif du sujet.

Kenneth Haar (Corporate Europe Observatory) et Tamasin Cave (SpinWatch).

– Cet article est extrait d’une enquête collaborative en cours sur le lobbying autour du Brexit impliquant Corporate Europe Observatory (CEO), SpinWatch, LobbyControl et l’Observatoire des multinationales, dans le cadre du réseau ENCO de veille et d’investigation sur les multinationales en Europe. Un rapport plus complet sera publié dans quelques semaines.

– Parallèlement à la publication de cet article, Corporate Europe Observatory dépose ce jeudi 25 octobre 2018 une plainte officielle auprès de la Médiatrice européenne sur l’absence de transparence de la Commission et de la taskforce, en contradiction avec le droit de l’Union. Des plaintes similaires ont déjà été déposées en Grande-Bretagne.

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Photo : ClemRutter CC via Wikimedia Commons

[1HSBC, Rolls Royce, PWC, Barclays, CBI, BP, KPMG, Standard Life, GSK, Prudential, BT, Caterpillar and Mitsubishi.

Au revoir Eridan, Eridan…

octobre 26, 2018

source: Agir pour la CRAU

Dans sa lecture du 18 octobre 2018, le Tribunal Administratif de Grenoble a annulé l’arrêté ministériel et préfectoral qui autorisaient les travaux du gazoduc Eridan. Agir pour la Crau a longtemps milité contre ce projet inutile, dangereux et au budget colossal. Les associations qui se sont battues n’ont pas gagné au Loto, mais quand même : « Au revoir Eridan, Eridan ».

Il en aura fallu du courage et de l’abnégation pour que les associations Pierredomachal et France Nature Environnement viennent à bout de ce serpent de terre, long de 220 km et qui devait relier Saint-Martin-de-Crau à Saint-Avit, dans la Drôme. Même la communauté de communes Rhône Lez Provence faisait partie des requérants. Ce qui, dans notre département, n’étaient pas le cas des villes de Saint-Martin-de-Crau et d’Arles qui s’étaient déclarées favorables au projet. C’est balo !

L’argument majeur du Tribunal est un argument massue : il pointe l’absence d’une étude parasismique en règle. En somme, le risque d’une rupture de la canalisation en cas de choc sismique n’a pas été pris en compte, sachant qu’Eridan devait passer sous le canal de Donzère-Mondragon qui alimente le site de la centrale nucléaire du Tricastin. Selon GRT Gaz, porteur du projet, « les gazoducs sont des installations à risque mais sans dangers ». C’est joliment dit. On en voudrait presque un dans son jardin, près d’une école maternelle ou d’un lieu public très fréquenté. Sauf que les gazoducs, parfois, ça explose : 2 morts en Algérie en septembre dernier, 8 morts en Chine en 2017, 3 morts en Pologne en 2013…

Et puis il y a eu cette catastrophe au Japon en 2011. Ha, j’ai oublié son nom… Vous savez ? Fauku, Foukou… Ha, Fukushima, c’est ça ! Je ne sais pas vous, mais pour nous, le fait de savoir que la justice se préoccupe de l’éventualité d’un Fukushima provençal, ça nous rassure un peu. Rappelons que selon FNE Vaucluse, la zone létale impacterait au minimum 40.000 personnes.

L’autre côté positif dans cette première victoire est lié au fait que cette décision remet en cause le projet MidCast qui prévoit une interconnexion des réseaux de gazoducs de Catalogne avec ceux du sud de la France dont Eridan devait faire partie. Mais aussi Step (South Transit East Pyrenees), gazoduc enterré de 120 km de long entre Barbaira dans l’Aude et Le Perthus à la frontière espagnole.  Ce même projet Step a pour objectif d’accroître la capacité d’exportation de gaz de l’Espagne en provenance d’Afrique du nord. Cette connexion servira donc au gaz algérien, incluant le gaz de schiste dont l’exploitation est interdite en France, qui arrive par le gazoduc sous-marin MedGaz à Almeria. Mais aussi aux terminaux portuaires espagnols de Barcelone, Sagunt et Cartagena où est livré du gaz naturel liquéfié en provenance du Qatar, du Nigeria et de Trinidad et Tobago. De là à souligner qu’Eridan n’aurait que pour vocation à être le maillon d’une chaîne de marchandisation mondiale du gaz, il n’y a qu’un pas que nous hésitons à franchir. Ho, et puis non, nous le franchissons… !

Bon, bien sûr GRTGaz va faire appel. Le seul coût du tronçon Eridan est estimé à plus de 620 M€. Cela donne envie !

Mais cette victoire judiciaire est essentielle et la mobilisation reste entière.

https://player.vimeo.com/video/111851915


FNE Vaucluse
PierreDomachal

 

Grande-Bretagne : la prospection de gaz de schiste reprend par la force

octobre 17, 2018

source: observatoire des multinationales

 PAR OLIVIER PETITJEAN

Bloquée depuis 2011, la prospection de gaz de schiste vient de reprendre en Grande-Bretagne, sur un site de la firme Cuadrilla dans le Lancashire. Même si les perspectives d’exploitation à grande échelle de cette ressource restent extrêmement douteuses, et que la fracturation hydraulique suscite énormément de résistances, le gouvernement britannique conservateur semble prêt à tout pour l’imposer, y compris sur le dos des élus locaux. Malgré la condamnation controversée de trois d’entre eux à de la prison ferme, les militants anti-gaz de schiste se sont à nouveau mobilisés pour bloquer les travaux de Cuadrilla.

En 2011, la firme Cuadrilla [1] se trouvait contrainte d’interrompre ses opérations de prospection de gaz de schiste en Grande-Bretagne suite à une série de tremblements de terre provoqués par la fracturation hydraulique. Un événement qui allait bloquer pour longtemps les perspectives de recherche de gaz non conventionnels sur le territoire britannique.

Ce lundi 15 septembre 2018, plus de sept années plus tard, la même firme a pu procéder à de nouveaux forages de test par fracturation hydraulique, malgré l’opposition des élus locaux et des militants anti-gaz de schiste. Les premiers avaient refusé d’autoriser les opérations de Cuadrilla, par crainte des nuisances environnementales, mais leur décision a été cassée par le gouvernement britannique, qui s’est arrogé le pouvoir d’autoriser directement les opérations de prospection. Les seconds mènent depuis des mois des actions de blocage du site pour empêcher Cuadrilla de mener ses activités. Ils ont à nouveau tenté – en vain – d’empêcher le forage, bien que trois d’entre eux aient été condamnés il y a deux semaines à des peines de prison ferme.

Avec cette condamnation très controversée, prononcée fin septembre, c’était la première fois depuis les années 1930 que des militants écologistes étaient condamnés à des peines de prison ferme [2] : entre 15 et 16 mois, simplement pour avoir bloqué des camions de Cuadrilla transportant du matériel de forage. La sentence a suscité l’indignation dans le pays et au-delà, particulièrement après qu’il ait été révélé que le juge avait des liens familiaux avec l’industrie pétrolière. Une audience d’appel doit avoir lieu dans la semaine.

Ligne dure contre les opposants

Depuis 2011, les perspectives d’exploitation du gaz de schiste en Europe se sont éloignées, les entreprises pétrolières abandonnant successivement les pays concernés du fait de la résistance des populations et de tests décevants. Le Royaume-Uni fait désormais le seul pays où l’industrie ait encore ses chances. Bien que les ressources exploitables soient très incertaines et que l’opposition des écologistes et des habitants soit aussi résolue qu’ailleurs, le gouvernement conservateur pèse de tout son poids en faveur de l’exploitation du gaz de schiste. Non content de passer par-dessus les élus locaux, il a assoupli les régulations en place et envisage de les assouplir davantage… notamment en ce qui concerne les règles relatives aux séismes entraînés par la fracturation hydraulique, jugées trop précautionneuses. Les ministres concernés soutiennent eux aussi une ligne dure à l’encontre des militants anti-fracking, dans un contexte où les firmes recourent de plus en plus à des injonctions de justice pour les empêcher d’approcher de leurs sites.

Outre Cuadrilla, plusieurs autres entreprises détiennent des licences d’exploration dans différentes régions du pays, notamment l’entreprise chimique Ineos du milliardaire Jim Ratcliffe (lire notre article Les liens étroits et méconnus entre le gaz de schiste et l’explosion des déchets plastiques). Seule parmi les grandes majors, Total détient encore des parts dans des gisements britanniques.

Olivier Petitjean

Les liens étroits et méconnus entre le gaz de schiste et l’explosion des déchets plastiques

septembre 18, 2018

source: observatoire des multinationales

 

 PAR OLIVIER PETITJEAN

Alors que les océans et les milieux naturels étouffent sous les déchets plastiques, il est surtout question de la responsabilité individuelle des consommateurs dans cette pollution. On parle beaucoup moins des industriels de la chimie qui produisent ce plastique et des liens étroits de ce secteur avec celui des hydrocarbures. En plus de ses autres impacts négatifs, l’essor du gaz de schiste américain, apportant aux géants de la chimie et de la pétrochimie une matière première abondante et bon marché, a entraîné une explosion de la production de plastique. Avec au premier rang des multinationales comme Total.

D’émissions télévisées en rapport scientifiques, plus personne ne peut ignorer l’envahissement du monde par les déchets plastiques. Il pourrait y avoir en 2050 plus de plastique que de poissons dans les mers, selon les termes retentissants d’un rapport paru en 2016. Les reportages à répétition sur le « septième continent » de plastique étouffant les océans et la vie marine ont fini par inciter les politiques à prendre des mesures, encore bien timides, et qui ciblent quasi exclusivement l’utilisation du plastique par les consommateurs ou les commerçants.

Mais qu’en est-il de la production de ce plastique ? Plus de 300 millions de tonnes de plastique sont produites dans le monde chaque année, et ce chiffre pourrait même augmenter de 40% dans les années à venir. Si l’on parle beaucoup actuellement de l’invasion des océans par les déchets, ce n’est pas seulement en raison de leur accumulation progressive, depuis quelques décennies, dans les milieux naturels et océaniques. C’est aussi que les volumes de plastique produits ont augmenté en flèche au niveau mondial depuis quinze ans.

La production de plastique est principalement le fait d’entreprises chimiques et pétrochimiques. Les françaises Arkema ou Solvay (ex Rhodia) sont par exemple impliquées dans la production de plastiques, de composants chimiques nécessaires à leur fabrication, ou encore d’additifs. Mais c’est surtout le cas de Total qui retient l’attention. Ces derniers mois, le groupe français a annoncé plusieurs investissements importants, se chiffrant en centaines de millions d’euros dans des complexes pétrochimiques, en Arabie saoudite, en Algérie, en Corée et aux États-Unis. Le but de ces investissements est précisément de profiter du boom actuel du plastique.

Derrière le boom du gaz de schiste, pollution et déchets

La matière première pour produire du plastique, ce sont en effet les hydrocarbures. Ce qui explique que Total ait souhaité installer ses usines pétrochimiques à proximité de ses sources de pétrole et de gaz. Le cas du nouveau projet pétrochimique de Total à Port Arthur, près de Houston, illustre aussi les liens étroits entre l’explosion de la production mondiale de plastiques et l’essor du gaz de schiste [1]. L’augmentation de la production du gaz aux États-Unis a fait baisser les prix et suscité le développement de nouvelles installations pétrochimiques polluantes, en particulier sur la côte du Texas, pour profiter de cette matière première bon marché. La nécessité d’approvisionner ces usines explique aussi la multiplication des nouveaux projets de gazoducs, souvent chaudement contestés, aux États-Unis. En ce sens, l’envahissement actuel du monde par le plastique ne résulte pas tant d’une augmentation de la demande que d’une industrie pétrolière à la recherche de débouchés pour ses hydrocarbures. En retour, le bas prix du plastique décourage la recherche de solutions alternatives moins nocives ou même la production de plastique recyclé. Et comme les génts du pétrole continuent à annoncer de nouveaux investissements dans des projets pétrochimiques toujours plus démesurés, la tendance ne semble pas près de s’inverser.

Voilà ce qui se cache derrière le « renouveau industriel » qu’aurait permis, selon certains patrons et lobbyistes français, l’essor du gaz de schiste aux États-Unis. On comprend donc que l’industrie chimique – à l’instar de Jean-Pierre Clamadieu, ancien directeur général de Solvay et désormais président d’Engie – ait été parmi les principaux soutiens du développement du gaz de schiste en France et en Europe. Avec peu de succès au final. La Grande-Bretagne est aujourd’hui le seul pays européen où l’exploitation du gaz de schiste soit encore à l’ordre du jour, en dépit d’une résistance obstinée des collectivités locales et des environnementalistes.

Sans surprise, on retrouve parmi les principaux acteurs des projets de schiste britanniques Total, mais aussi la multinationale chimique Ineos, propriété du milliardaire Jim Ratcliffe. Ce dernier – désormais la plus grosse fortune de Grande-Bretagne – a récemment fait la une de l’actualité pour s’être domicilié à Monaco après avoir pourtant financé la campagne pour le Brexit. L’une des raisons de cet engagement était d’ailleurs qu’il souhaitait se débarrasser des règles environnementales européennes faisant obstacle au développement des hydrocarbures non conventionnels. Ineos s’est positionnée comme l’un des premiers importateurs européens de gaz de schiste américain en Europe et, souhaitant développer des sources « locales », a acquis un grand nombre de concessions de gaz de schiste sur le territoire britannique.

Si les géants du pétrole voient leurs souhaits se réaliser, une partie importante de leur production – peut-être bientôt 25%, selon les estimations de l’Agence internationale de l’énergie – servira donc à produire du plastique, et à continuer à étouffer la planète sous les déchets. Peut-on dire qu’au moins ces hydrocarbures ne contribueront pas à augmenter nos émissions de gaz à effet de serre, puisqu’ils ne seront pas brûlés ? Rien n’est moins sûr. Les preuves s’accumulent pour suggérer qu’une partie importante des émissions de gaz à effet de serre liées à la production d’hydrocarbures intervient dès l’amont, au moment de l’extraction et du transport par gazoduc ou oléoduc. Un problème exacerbé dès lors qu’il s’agit de gaz de schiste, dont l’exploitation entraîne des émissions fugitives considérables de méthane.

Olivier Petitjean

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Photo : schramroyal CC via flickr

Appel contre le gaz de schiste

avril 4, 2018

Appel contre le gaz de schiste
Appel contre le gaz de schiste

Les Collectifs Non au gaz de schiste du Gers et des Hautes-Pyrénées appellent à un rassemblement ce samedi 7 avril à Auch, contre la prolongation du permis de Saint-Griède jusqu’au 31 mai prochain, laquelle «suscite une grande inquiétude, car elle donne la possibilité à son titulaire, la société australienne Gas2Grid de faire une demande de travaux d’exploration ou de solliciter une nouvelle prolongation ou une mutation», expliquent les associations, précisant que cette décision, ainsi que de nombreuses autres prolongations ou attributions, laisse craindre que la loi sur la fin des hydrocarbures en 2040 n’empêche en rien l’exploration et l’exploitation de ces mêmes hydrocarbures.

Ce rassemblement entend notamment demander au gouvernement d’agir conformément à ses engagements sur la transition énergétique et l’abrogation du permis de Saint-Griède.