« Cet accord est nécessaire car nous croyons à un commerce libre, équitable et fondé sur des règles », a insisté mardi le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker au cours d’une rencontre à Bruxelles avec le Premier ministre nippon Shinzo Abe, en compagnie du président du Conseil européen Donald Tusk.

M. Juncker s’est dit « confiant » de voir cet accord conclu en 2017, promettant que « cette rencontre » avec M. Abe ne serait « pas la seule de l’année ».

Cet affichage en faveur d’un commerce « libre et équitable » contraste avec le protectionnisme de Donald Trump et de son gouvernement, hostiles au multilatéralisme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Dès son arrivée au pouvoir le 20 janvier, le président américain a notamment officialisé le retrait américain du Traité transPacifique (TPP) signé avec 11 pays de la région Asie-Pacifique, dont le Japon, la troisième puissance économique mondiale.

Tout récemment, des désaccords de fond ont éclaté pendant une réunion des grands argentiers du G20 en Allemagne, où les Etats-Unis ont notamment fait retirer du communiqué final une condamnation du « protectionnisme ».

« Dans le contexte politique actuel, et spécialement maintenant que les Etats-Unis se sont retirés du TPP, nous avons reçu l’assurance que cet accord (avec l’Union européenne) est une priorité pour le gouvernement japonais », a souligné une source européenne proche des discussions.

Shinzo Abe a pourtant ménagé son allié américain mardi, jugeant « important que le Japon et l’UE coopèrent aussi avec les Etats-Unis » pour défendre le libre-échange « face à des tendances protectionnistes troublantes ».

Négocié depuis quatre ans dans une quasi-indifférence, l’accord UE/Japon pourrait pourtant peser plus lourd encore que celui récemment conclu avec le Canada, le CETA, cible d’une virulente contestation politique et d’ONG.

Les échanges avec le Japon, sixième partenaire commercial de l’UE en 2016, représentent 3,6% du commerce extérieur européen, soit presque le double de ceux avec le Canada.

Selon une étude d’impact de la Commission, le PIB européen pourrait croître de 0,76% à long terme.

Le CETA, exemple ou repoussoir ?

Les négociations, pourtant bien avancées, butent encore sur l’agriculture : les Européens voient dans le Japon un marché particulièrement intéressant, très demandeur de produits de qualité, mais le secteur reste sensible aux yeux des Japonais, inquiets pour leur boeuf, leur porc et leurs produits laitiers.

Autre obstacle, le secteur automobile, que Tokyo aimerait voir aussi libéralisé que possible dans l’UE.

Les Européens ont prévenu que s’ils étaient prêts à ouvrir complètement leur marché, ce ne serait pas sans contreparties, l’automobile restant l’un de leurs principaux atouts.

« Comme souvent dans une négociation, les derniers problèmes sont les plus difficiles à résoudre », a noté M. Juncker.

Reste aussi, malgré le volonté affichée des deux parties, l’incertitude politique.

L’exemple du CETA, dont la signature par Bruxelles a été fortement ralentie par ses opposants, reste dans tous les esprits.

« Bien sûr que le CETA a inquiété les Japonais, mais ils ont vu ensuite comment les choses se sont terminées », tempère la source proche des négociations. « Ils ont plus confiance en nous que nous-mêmes ».

De l’aveu même des négociateurs, le cadre du futur traité est très proche de celui avec le Canada.

Il pourrait même inclure, si le Japon l’accepte, un tribunal permanent chargé d’arbitrer les éventuels litiges entre les multinationales et les Etats, un point qui avait été jugé très problématique par les détracteurs du CETA.

Contactées par l’AFP, la plupart des ONG opposées au traité avec le Canada restent pour l’instant muettes sur le Japon.

Seule l’organisation Friends of the Earth Europe a expliqué « avoir priorisé » ses actions sur le CETA ou le TTIP -l’accord de libre-échange de l’UE avec les Etats-Unis, actuellement « étudié » par Washington- à cause de « moyens limités ».

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