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Les accords de libre échange, un modèle dépassé !

décembre 27, 2016
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Source La Tribune. Par Pierre Théobald  |  23/12/2016, 11:59  
Donald Trump veut remettre en cause les accords de libre échange
Donald Trump veut remettre en cause les accords de libre échange (Crédits : CARLO ALLEGRI)
L’aventure rocambolesque de la signature du CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement) entre l’Union européenne (UE) et le Canada a montré, entre autres, combien les accords de libre échange sont controversés. Par Pierre Théobald Consultant Vertuo Conseil (Groupe Square)

 Les Etats-Unis vont se retirer du TPPA (Trans Pacific Partnership Agreement). Donald Trump l’a annoncé le 21 novembre : il réalise ainsi une promesse de campagne.  Sans Washington, cet accord de libre échange, qui implique onze pays riverains du Pacifique, perd singulièrement de son envergure. L’avenir dira s’il s’agit des prémisses d’une politique protectionniste ou d’un gage électoraliste vite expédié. Il reste que le libre échange est contesté dans les économies occidentales, les mêmes qui l’on sans cesse promu depuis l’après guerre.

 La fin de l’hypermondialisation ?

Dévoilée le 8 juillet par l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), l’indicateur WTOI (World Trade Outlook Indicator) combine six paramètres quantitatifs, pour produire un baromètre trimestriel des échanges internationaux. Signe des temps, la mondialisation nécessite un suivi statistique plus fin. S’il est précoce de voir dans le ralentissement des échanges commerciaux un mouvement structurel, leur niveau diminue et s’accompagne d’une crise du transport maritime, qui voit les armateurs gérer des surcapacités et donc des taux de fret trop bas. La remise en cause de leur modèle économique par un excès d’offre nécessitera d’engager des programmes de démolition de navires. Par extension, les infrastructures portuaires devront également s’ajuster. Ce contexte nous signale que l’hypermondialisation a peut-être vécu et que le niveau d’ouverture des économies pourrait maintenant se stabiliser.

 L’affaiblissement du marché européen

L’aventure rocambolesque de la signature du CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement) entre l’Union européenne (UE) et le Canada a montré combien les accords de libre échange sont controversés. Le pilotage commercial du premier marché mondial est devenu incertain. Pourtant, le droit européen fait de l’UE l’interlocuteur commercial unique des Vingt-huit. Cette logique est au cœur du processus historique de la construction européenne. Mais, en qualifiant le CETA d’accord mixte, la Commission européenne a remis les Etats dans le processus de validation. Cette décision politique a lancé le débat sur le rôle et les intérêts de l’UE vis à vis de ses citoyens. Le blocage wallon fut un signal inquiétant pour le processus de ratification qui va maintenant démarrer : vingt-huit parlements vont devoir voter et être unanimes. Or, les risques politique ne manquent pas : 2017 est une année électorale majeure pour les deux puissances structurantes de l’UE que sont la France et l’Allemagne. Il faut également ajouter les négociations sur le Brexit : après avoir perdu un pays de premier plan, l’UE va devoir s’organiser avec le Royaume-Uni et négocier un accord commercial inédit.

 Le risque politique pèse sur le libre-échange

On ne connaît pas encore les intentions réelles du nouveau président américain sur le degré d’ouverture de l’économie américaine. La campagne électorale a laissé un discours dur et hostile aux accords de libre échange. Désormais attendus, la renégociation de l’accord nord-américain, le NAFTA (North American Free Trade Agreement), et le retrait de l’accord Trans-Pacific vont occuper l’administration Trump dans la première partie du mandat. Mais, Donald Trump ne reviendra pas sur le pivot stratégique américain : d’une façon ou d’une autre, il devra assumer une politique d’influence dans le Pacifique, espace de concurrence commercial et militaire avec la Chine.

La vision ultra libérale de la mondialisation vire au risque politique, tant les inégalités qu’elle produit alimentent la contestation populaire. Maintenant consacrée par l’élection de Donald Trump, cette dynamique pourrait se répéter si les bénéfices du libre échange se s’orientent pas vers les classes populaires occidentales. Ainsi, le TAFTA (Transatlantic Trade and Investment Partnership) ne devrait pas tarder à occuper l’administration Trump. Ce projet subit les évènements politiques des deux parties : la critique des deux candidats américains lors de la campagne présidentielle et le discrédit des institutions européennes, échaudées par le CETA. Sans l’enterrer trop vite, la perspective d’un grand marché atlantique semble maintenant bien fragile. Au final, c’est toute la stratégie commerciale américaine sur ses façades maritimes qui va évoluer.

 Que faire des normes environnementales ?

La prise en compte de l’environnement dans les accords de libre échange relève du symbolique. Ces accords ne comprennent aucune contrainte sur le sujet, laissé à de grandes déclarations de principe. Il en est de même pour l’accord de Paris sur le climat. La COP 21 a pris des engagements élevés de réduction de gaz à effet de serre et les a fait accepter aux grandes économies mondiales. C’est un succès diplomatique. Passer à la pratique ne sera pas neutre et l’absence de moyens de contraintes est un risque. La réduction effective et mesurable des émissions de gaz à effet de serre fera le succès environnemental de l’accord. Or, sans le principal pollueur de la planète, tout succès serait compromis. Elu, Donald Trump a déjà modéré sa vision. Il sera là aussi attendu sur le sujet, tant l’atteinte de résultats tangibles exigera de modifier la production de biens et services et leur commerce. Issus de la dérégulation, les accords de libre échange sont aujourd’hui confrontés à une forme de régulation nouvelle : l’écologie.

L’effacement américain dans le Pacifique commercial est une opportunité pour l’influence chinoise. Pragmatique, Pékin réplique ce que fut la stratégie commerciale américaine en promouvant sa propre version. Pratiqué depuis les accords du GATT (General Agreement on Tariffs and Trade) en 1947, le libre échange affronte une contestation persistante qui hypothèque dorénavant sa durabilité. Restreint à des réponses commerciales dans un monde qui se complexifie, sa faiblesse est de produire d’excessives inégalités, qui finissent de le disqualifier comme norme globale.

http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/les-accords-de-libre-echange-un-modele-depasse-626706.html 

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