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Shell traîne toujours des pieds pour démanteler ses plateformes pétrolières

juillet 5, 2016

Le 05 juillet 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg

source: le journal de l’environnement

Le Pionner Spirit, un géant des mers capable de soulever 48.000 tonnes d'acier.

Le Pionner Spirit, un géant des mers capable de soulever 48.000 tonnes d’acier.
DR

Le pétrogazier veut laisser les pieds en béton de trois importantes plateformes du champ de Brent, a-t-il indiqué en début de semaine. Londres doit se prononcer sur cette proposition à plusieurs milliards d’euros d’ici à 2017.

Brent. Ce nom ne vous évoque, peut-être, pas grand-chose. Les férus d’énergie y retrouveront le nom du prix de référence du pétrole léger britannique. C’est aussi celui de l’un des plus importants gisements d’hydrocarbures de la mer du Nord écossaise. Découvert en 1971, ce gisement, situé à près de 200 km au nord-est de l’archipel des Shetlands, devait produire de l ‘huile et du gaz pendant une vingtaine d’années. Dans les années 1990, Brent fournira jusqu’à 13% du brut britannique. Shell réussira à le maintenir en production près d’une quarantaine d’années. Le groupe de plateformes extrait désormais ses dernières tonnes équivalent pétrole.

convention Ospar

La convention Ospar interdit aux exploitants pétroliers d’abandonner en mer leurs installations en fin de vie. Il faut donc anticiper leur démantèlement. La réflexion suit son cours depuis déjà 10 ans. D’ores et déjà, 154 puits sous-marins ont été colmatés depuis 2006. Mais les plus grandes difficultés sont à venir. La plus évidente est de trouver un débouché pour des monstres de béton et d’acier. Sur la balance, Brent Alpha, Bêta, Charlie et Delta affichent une masse de plus de 737.610 tonnes: 73 fois celle de la Tour Eiffel!

Shell envisage d’affréter un bateau spécialisé, le Pionner Spirit, pour s’occuper de leur cas. Long de plus de 380 mètres (1,5 fois la longueur du Charles de Gaulle), ce catamaran géant est doté de formidables pinces coupantes, capables de détacher la partie aérienne des plateformes de son support. Ses grues peuvent lever les base vie et les installations industrielles des plateformes, voire déterrer les structures métalliques sous-marines (les jackets), jusqu’à 48.000 tonnes.

Brent Delta

Prévu pour débuter cette année, le démantèlement de Brent Delta est retardé. La convention Ospar exige que toute trace des installations offshore (pollution comprise) soit effacée. Des exceptions à ce principe sont prévues pour les installations de plus de 10.000 tonnes. Le pétrogazier anglo-néerlandais estime que le démantèlement intégral de ses anciennes plateformes star n’est pas raisonnable. Laisser en mer les structures sous-marines (qui émergent de quelques mètres) ne causerait pas grand dommage, si ce n’est, peut-être, aux filets des pêcheurs. Le programme définitif doit être soumis aux autorités d’ici la fin de l’année. En cas d’accord du ministère de l’énergie et du climat, le démantèlement pourrait débuter l’an prochain.

Reste à savoir ce que Shell enlèvera. Eliminer toutes les installations de Brent (4 plateformes, 140 puits, 103 km de pipelines) est techniquement possible. Mais ce grand nettoyage coûtera une douzaine de milliards d’euros à la Shell qui n’entend pas investir autant dans la dépollution de la mer du Nord. L’entreprise propose d’enlever les parties aériennes des trois plateformes gravitaires en béton (Bêta, Charlie et Delta) et de laisser leurs pieds au fond. La partie supérieure serait ensuite déposée sur une barge puis ramenée à terre, au port de Tesside pour y être démantelée. Beaucoup plus légère, et posée sur une structure tubulaire d’acier, Brent Alpha serait intégralement récupérée. Selon Shell, 97% des matériaux qui seront ramenés à terre pourront être recyclés ou réutilisés. Le reste serait envoyé en décharge. Le montant de l’ardoise s’élève en ce cas à quelques dizaines de millions d’euros, affirme la compagnie.

La partie supérieure d’une plateforme pétrolière est bourrée de matériaux à recycler. Mais pas seulement. Sur Brent Delta, on trouve 19.800 tonnes d’acier, 100 tonnes de câbles,  84 tonnes de cuivre, 6 tonnes de coton (des matelas), mais aussi 900 tonnes de peinture, 3.446 tubes fluorescents, 11 tonnes de plomb, 10 tonnes d’amiante, sans oublier quelques déchets radioactifs riches en plomb 210 et en radium (226 et 228).

La fin de vie de Brent est suivie à la loupe par toutes les compagnies pétrolières de la planète. Car, si les premières plateformes ont été mises à l’eau en 1947 dans le Golfe du Mexique, rares sont celles à avoir été récupérées. Avec l’accord des pêcheurs locaux, Exxon n’a pas hésité à en couler un certain nombre dans le Golfe du Mexique.

 

Cauchemar des écologistes et les pétroliers, le démantèlement des installations offshore est considéré comme une opportunité pour les sociétés spécialisées. Dans la zone maritime couverte par la convention Ospar[1], on recense 1.357 installations pétrolières ou gazières. En mer du Nord britannique, 470 installations devront être démantelées, 10.000 km de conduite récupérés et 5.000 puits rebouchés d’ici à 2040. Un marché dont le chiffre d’affaires est estimé à plus de 40 milliards de livres (47 milliards d’euros). Au Royaume-Uni, la loi oblige les pouvoirs publics à régler la moitié de la note. Reste à savoir si les ménages britanniques seront d’accord pour verser 1.000 livres chacun pour cofinancer la dépollution de la mer du Nord.

 


[1] Les plateaux continentaux d’Allemagne, du Danemark, d’Espagne, d’Irlande, de Norvège, des Pays-Bas et du Royaume-Uni.

 

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