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Lacq: le risque sanitaire bientôt reconnu?

juillet 4, 2016

source: le journal de l’environnement

Le 04 juillet 2016 par Romain Loury

 

 

Le site de Lacq

Le site de Lacq

Le bassin industriel de Lacq (Pyrénées-Atlantiques) va faire l’objet de nouvelles études épidémiologiques, en raison de suspicions de risques sanitaires pour les riverains. Du côté des associations, on espère «la fin de l’omerta».

Découvert en 1951, le gisement de gaz de Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques, a été exploité de 1965 à 2013. Au plus haut de son activité, dans les années 1960 à 1970, ce sont des milliers de tonnes de dioxyde de soufre qui étaient dégagés chaque jour dans l’atmosphère.

Menée en 2002 par l’Institut de santé publique, d’épidémiologie et de développement (Isped, université Bordeaux 2), une étude portant sur 22.000 riverains avait suggéré, sur la période 1968-1998, une surmortalité de 14% chez les personnes habitant le plus près du site, par rapport aux zones les plus éloignées. Il s’agissait en particulier de cancers (+14%), notamment de type respiratoire (jusqu’à +56% dans la décennie 1990).

Une étude laissée de côté?

En mars dernier, la Sepanso[i] décidait de publier cette étude, dont elle-même n’avait eu vent qu’en juillet 2014 par la Cour des comptes -auteur en janvier 2015 d’un rapport sur le sujet. Selon l’association, l’agence régionale de santé (ARS) d’Aquitaine avait «cherché à étouffer, cacher, dénigrer» cette étude «de manière particulièrement choquante».

En réponse aux accusations de la Sepanso, l’ARS rappelait début mars avoir transmis les résultats de travaux de l’Isped «dès 2002 à l’ensemble des maires et industriels de la zone d’étude». Puis à la Sepanso, en août 2014, dès que celle-ci en avait fait la demande.

Comme les chercheurs de l’Isped, la Cour des comptes demandait la conduite de nouvelles études épidémiologiques, que l’ARS avait alors laissées de côté. Interrogé fin 2009 par le Haut conseil de la santé publique (HCSP), l’un de ses représentants avait même évoqué le risque de «briser la paix sociale».

Nouveaux résultats d’ici fin 2017

Les associations ont finalement eu gain de cause: suite à la recommandation de la Cour des comptes, Santé publique France (ex-Institut de veille sanitaire, InVS), saisie par le ministère de la santé, a proposé à l’ARS de mener de nouveaux travaux épidémiologiques sur le site, a annoncé l’agence vendredi 1er juillet dans un communiqué.

«Une analyse qualitative du contexte local et deux études épidémiologiques à venir [l’une sur la mortalité, l’autre sur la morbidité, ndlr] permettront de préciser les données de santé des populations vivant à proximité du bassin de Lacq, et contribueront à éclairer et orienter les actions à envisager au niveau local», explique l’ARS, qui prévoit les résultats «d’ici fin 2017».

Interrogé par le JDLE, Michel Noussitou, ingénieur sanitaire à l’ARS Aquitaine, indique que ces deux nouvelles études devraient porter sur une période allant jusqu’en 2013, voire 2014, soit plus de 15 ans de données non incluses par l’Isped. Quant à l’«analyse qualitative du contexte local», il s’agit d’interviews de la population, portant sur la santé mais aussi sur le bien-être social.

«Nous sortons enfin de l’omerta», se réjouit Cathy Soublès, vice-présidente de la Sepanso Pyrénées-Atlantiques, qui voit «une avancée»  dans l’annonce de ces études. Bémol majeur, le fait que toutes les personnes ayant travaillé sur le site, pas toutes des riverains, ne soient pas concernées par ces travaux. «Nous serons très vigilants sur la conduite de ces études», ajoute-t-elle, regrettant l’absence de concertation des riverains et des associations qui a longtemps prévalu sur le sujet.

Evaluation de l’exposition

Au lieu de lancer de nouvelles études épidémiologiques, les autorités avaient opté, entre 2003 et 2007, pour des évaluations des risques sanitaires de zones (ERSZ), donnant lieu à des plans d’action et de gestion pour cinq substances (dioxyde de soufre, dioxyde de fluor, dichlorométhane, acétaldéhyde, oxyde d’éthylène).

Une actualisation de ces données est en cours depuis 2013, qui a permis d’identifier quatre nouveaux polluants (dont l’acrylonitrile), issus de la conversion industrielle du site. Outre les aspects sanitaires, des données devraient également porter sur les milieux naturels.

Selon Michel Noussitou, il s’agissait, après l’étude épidémiologique de l’Isped qui ne permettait pas d’identifier l’origine d’un éventuel surrisque sanitaire, d’obtenir des données sur l’exposition de la population aux émissions gazeuses. Pour le vice-président de la Sepanso, Michel Rodes, ces ERSZ sont «des leurres pour dire qu’on fait quelque chose», d’autant que les élus «sont dans le déni le plus total» sur le sujet.

De nouvelles nuisances

Reconverti dans la chimie, le site continue d’être source de nuisances pour ses riverains. Une situation reconnue par l’ARS, dont une enquête lancée en 2015 «a permis d’objectiver la présence de symptômes signalés par 20 foyers (symptômes irritatifs affectant les sphères ORL [oto-rhino-laryngologiques], cutanées, ophtalmologiques et respiratoires) n’ayant néanmoins impliqué aucune hospitalisation», indique l’agence.

Suite à un plan d’action lancé par les industriels, «il y a beaucoup moins d’odeurs, mais le problème n’est pas totalement réglé», note Michel Noussitou.


[i] Fédération des sociétés pour l’étude, la protection et l’aménagement de la nature dans le sud-

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