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Patrick Pouyanné, PDG de Total : « Notre route passe d’abord par le gaz »

mars 12, 2016

Présent vendredi 11 mars à Castelnau-le-Lez pour une conférence, Patrick Pouyanné, PDG de Total, a accordé une interview commune à La Dépêche du Midi et Midi Libre. Prix du baril, opportunités en Iran, exploitation du gaz de schiste, entretien sur le présent et l’avenir du groupe.

ENTRETIEN il y a 1 jour Recueillis par S.B ET J.M.S

Patrick Pouyanné, PDG de Total : "Notre route passe d'abord par le gaz"
Patrick Pouyanné est PDG de Total et également président du conseil d’administration.

AFP/STEPHANE DE SAKUTIN
Vous êtes ce vendredi 11 mars à Montpellier. Quelles sont les raisons de votre déplacement ? 
Je préside le Conseil d’administration de l ‘Ecole nationale supérieure des Mines d’Alès  depuis 2013 et à ce titre j’ai développé un certain attachement à votre région que j’ai découverte. J’ai accepté d’accompagner cette école prestigieuse lorsque j’étais Directeur de la branche Raffinage-Chimie de Total. J’ai décidé de continuer à y consacrer du temps tout en étant PDG de Total. A mes yeux, c’est important de contribuer au développement de notre jeunesse et d’apporter mon expérience à une école d’ingénieurs comme l’Ecole des Mines d’Alès. C’est aussi un moyen pour moi de rendre à une institution publique une partie de ce que l’Etat m’a apporté dans ma propre formation. J’ai également été sollicité par les responsables régionaux pour participer à une conférence-débat organisée par  l’association Leader  et nous discuterons de thèmes qui sont au cœur des préoccupations, de Total et de nous tous : les enjeux géopolitiques et le défi climatique.
Le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a récemment validé le permis d’exploitation du gaz de schiste sur la région de Montélimar. Or le groupe Total a annoncé qu’il n’irait pas contre l’avis général. Jusqu’à quand ?
Je me suis clairement exprimé sur le sujet : nous n’interviendrons pas sur ce permis tant qu’il n’y aura pas de consensus. Cela signifie que même si la justice nous a rendu le permis, nous n’exercerons pas notre droit à forer sans l’accord du gouvernement. Or le gouvernement ne le souhaite pas et j’ai bien sûr confirmé au Président de la République, au Premier ministre et à Mme Royal ce que j’ai déjà déclaré : il n’y aura pas de passage en force, nni de passage « en douce » de notre part.
Mais je tiens quand même à préciser que c’est en explorant qu’on peut savoir si, oui ou non, il y a des ressources de gaz de schiste à produire ensuite. Nous ne savons pas s’il y a ou non du gaz de schiste dans cette zone. Et je confirme qu’on peut lever cette inconnue majeure sans fracturation hydraulique.

« L’exploration, ce n’est pas une science exacte »
Aujourd’hui on s’échauffe mais on ne sait même pas s’il y a du gaz de schiste. Je rappelle que notre exploration récente en Pologne et au Danemark n’a pas confirmé le potentiel de gaz de schiste qui était envisagé. L’exploration, ce n’est pas une science exacte, c’est de la recherche. Et nos forages sont négatifs dans 7 cas sur 10.
Comprenez-vous l’inquiétude des populations sur ces recherches ?
Je la conçois et je l’entends même si je regrette qu’au pays de Descartes, nous ne puissions pas avoir un débat rationnel basé sur des faits objectifs. Mais si les inquiétudes existent, c’est que nous sommes en partie responsables d’avoir mal ou pas assez expliqué ni anticipé ces inquiétudes au moment de la prise du permis. Et je suis bien sûr ouvert au dialogue puisque, encore une fois, nous ne passerons pas en force. Je m’y suis engagé.
Dans le cadre de la stratégie de diversification, la route de Total passe par d’autres énergies que le pétrole et le gaz, notamment le solaire. Quelles sont vos perspectives pour les années à venir ?
La première conviction, c’est que l’avenir repose sur un mix énergétique qui couvre à la fois les hydrocarbures et les renouvelables. Nous aurons besoin de toutes les énergies pour répondre à la demande de la population toujours plus nombreuse sur la planète. Dans le cadre de la stratégie de diversification, la route de Total passe d’abord par le gaz !
Ce n’est pas forcément connu du grand public mais il y a 10 ans, Total produisait 70% de pétrole et 30% de gaz. Aujourd’hui nous produisons autant de pétrole que de gaz. Or le gaz naturel présente des avantages en termes de flexibilité d’approvisionnement et d’utilisation et sur le plan environnemental. En effet, les émissions de CO2 liées à sa combustion pour la production d’électricité représentent seulement 50% de celles provenant de la combustion du charbon. Un bon point pour la planète face au défi du réchauffement climatique.
« Total est dans le top 3 mondial de l’énergie solaire »
Le Groupe se différencie aussi par son engagement dans les énergies renouvelables Total est dans le top 3 mondial de l’énergie solaire avec sa filiale SunPower. En 2015, nous avons inauguré Solar Star, la plus grande centrale solaire au monde, qui se trouve en Californie, avec une capacité équivalente à celle d’un réacteur nucléaire. Nous avons prévu d’investir 500 millions de dollars par an dans les énergies renouvelables, le solaire mais aussi les biocarburants et les bioplastiques avec l’objectif de créer un vrai nouveau métier

Le prix du baril peut-il continuer à baisser ?

Je ne ferai pas de pronostics tant tous les experts ont du mal à anticiper les mouvements du prix du pétrole et compte tenu de la chute brutale, de 110 $/b à moins de 30 $/b observé au cours des dix-huit derniers mois. Mais surtout parce que ma tache est de conduire le Groupe de telle sorte que Total puisse rester une entreprise profitable quel que soit le prix du baril.

Cependant, je pense qu’en 2016, les prix resteront bas, au risque de me tromper dans une fourchette de 30 à 50 $/b. Pourquoi ? parce que le marché fait face à des surcapacités d’offre par rapport à la demande et à des stocks historiquement au plus haut. Avec une décennie de prix élevés, les projets se sont multipliés, de nouvelles technologies sont apparues, elles ont par exemple permis d’exploiter de manière rentable les pétroles et gaz de schiste. En 2014, il y a eu un basculement brutal, sous l’effet conjugué d’une demande plus faible qu’anticipée notamment à cause des prix élevés et de l’augmentation des productions d’hydrocarbures, en particulier des pétroles de schiste aux Etats-Unis, entraînant une rapide baisse des prix. Mais dès 2015, la croissance de la demande a été forte car les consommateurs profitent de prix plus bas.

Les marchés des matières premières sont cycliques, mais les cycles que nous avons connus ces dernières années sont vraiment très violents. En moins de quinze ans, le prix du baril est passé de 20 dollars à plus de 100 et il est maintenant divisé par 3…

Quelle stratégie adoptez-vous face à la dégringolade des cours du pétrole ?

Nous ne maîtrisons pas les prix du pétrole, alors nous devons nous concentrer sur ce que nous maîtrisons. Lorsque le baril passe de 100 à 50 dollars, cela représente pour Total un manque à gagner de 10 milliards de dollars par an. Alors, tirer le meilleur parti de nos usines et de nos champs et maîtriser nos dépenses s’imposent. Bref, se focaliser sur la génération de cash car le cash, c’est le « sang » de l’entreprise. Faire des économies bien sûr. Certes nous avons réduit le train de vie de l’entreprise, mais surtout nous avons demandé à nos ingénieurs d’innover, d’imaginer de nouvelles méthodes pour produire en réduisant les coûts. Nous avons aussi proposé à nos actionnaires de recevoir une partie du dividende en actions, cela a été bien compris et démontre leur confiance dans l’entreprise et son avenir.

Total a bien résisté en 2015, mieux résisté que ses concurrents. Total a mieux résisté en raison de l’adaptation rapide de ses modes de travail au prix du baril, mais également en raison de notre modèle intégré parce que nous sommes sur toute la chaine pétrolière et gazière : nous explorons, nous produisons, nous raffinons, nous transformons, nous commercialisons tous les produits pétroliers et gaziers. En 2015, le raffinage et la pétrochimie ont ainsi su tirer partie de meilleurs marges car le pétrole était plus bas et parce que tous nos efforts de restructurations en Europe menés au cours des dernières années dans ces métiers portent leurs fruits.

Notre bon résultat a également été porté par une croissance de 9,4% de nos productions, fruit de tous nos projets d’investissement. C’est une croissance record dans l’histoire du Groupe !

Quels seront les impacts sur l’emploi ?

Nous avons pris le parti de ne pas faire des effectifs une variable d’ajustement. Nous devons être capable de faire face à la volatilité du prix du brut sans que les employés du Groupe n’en subissent les conséquences. Car les ressources humaines sont un actif majeur du Groupe, l’adaptation à la situation économique se fait par les salariés et grâce aux salariés. Donc, nous ne licencions pas. Mais nous avons ralenti très sensiblement le rythme des embauches pour nous adapter progressivement à ce nouveau contexte.

Le retour de l’Iran dans le concert mondial laisse-t-il entrevoir des opportunités pour Total ?

C’est un événement considérable qui va bien au-delà de l’industrie pétrolière et gazière. C’est le retour d’une grande puissance au Moyen-Orient et sur la scène internationale et on n’a pas fini d’en mesurer les conséquences.

Pour Total, je suis plutôt confiant. Le Groupe est né au Moyen-Orient, nous avons travaillé en Iran depuis très longtemps, nous y sommes revenu dans les années 1990, dès que cela a été légalement possible. Nous avons ensuite stoppé nos activités en 2005 pour respecter scrupuleusement les décisions internationales et les résolutions de l’ONU, tout en conservant un bureau de représentation à Téhéran. Les Iraniens attachent beaucoup d’importance à la fidélité. J’ai rencontré le président Rohani lors de sa visite à Paris en janvier dernier, nous avons évoqué les perspectives de Total en Iran et signé un accord-cadre pour l’achat de pétrole brut, destiné aux raffineries françaises et européennes. C’est le début d’une nouvelle histoire ! Mais n’oublions pas non plus que toutes les sanctions américaines n’ont pas été levées, que le dollar ne peut pas être utilisé, que les circuits financiers ne sont pas totalement rétablis et que nous devons gérer l’ensemble de ces risques… même si, en tant que dirigeant d’une entreprise pétrolière et gazière, je préfère regarder le verre à moitié plein qu’à moitié vide, car l’Iran fait partie des plus grands pays pétroliers et gaziers au monde.

Le pétrole de schiste américain, dans un contexte de baisse des prix du pétrole, est-il un piège qui se referme sur vos concurrents ?

La baisse des prix du baril n’est pas une mauvaise nouvelle pour l’économie américaine, excepté pour les producteurs de pétrole de schiste du Midwest, car je vous rappelle que les USA sont nets importateurs du pétrole ! Mais c’est vrai que c’est plus difficile pour les pétroliers indépendants américains qui ont vu leurs revenus s’effondrer. Néanmoins ils s’adaptent vite : depuis avril 2015, la production de pétrole de schiste des Etats-Unis a diminué de 500 000 barils par jour, deux tiers des appareils de forage sont à l’arrêt. Cette baisse de la production va se poursuivre en 2016. Effectivement, Total a été très prudent sur ce business américain. Nous avions deux propriétés, une au Texas, l’autre en Ohio, dans lesquelles nous avons arrêté d’investir depuis début 2015. La plupart de nos concurrents ont une exposition bien plus forte au pétrole de schistes américains et cela s’est vu dans leurs résultats 2015.

Dans le cadre de la stratégie de diversification, la route de Total passe par d’autres énergies que le pétrole et le gaz, notamment le solaire. Quelles sont vos perspectives pour les années à venir ?

La première conviction, c’est que l’avenir repose sur un mix énergétique qui couvre à la fois les hydrocarbures et les renouvelables. Nous aurons besoin de toutes les énergies pour répondre à la demande de la population toujours plus nombreuse sur la planète.

Dans le cadre de la stratégie de diversification, la route de Total passe par d’abord par le gaz ! Ce n’est pas forcément connu du grand public mais il y a 10 ans, Total produisait 70% de pétrole et 30% de gaz. Aujourd’hui nous produisons autant de pétrole que de gaz. Or le gaz naturel présente des avantages en termes de flexibilité d’approvisionnement et d’utilisation et sur le plan environnemental. En effet, les émissions de CO2 liées à sa combustion pour la production d’électricité représentent seulement 50% de celles provenant de la combustion du charbon. Un bon point pour la planète face au défi du réchauffement climatique !

Le Groupe se différencie aussi par son engagement dans les énergies renouvelables Total est dans le top 3 mondial de l’énergie solaire avec sa filiale SunPower. En 2015, nous avons inauguré Solar Star, la plus grande centrale solaire au monde, qui se trouve en Californie, avec une capacité équivalente à celle d’un réacteur nucléaire !

Nous avons prévu d’investir 500 millions de dollars par an dans les énergies renouvelables, le solaire mais aussi les biocarburants et les bioplastiques avec l’objectif de créer un vrai nouveau métier chez Total.

Quels sont les engagements du Groupe dans la région toulousaine ?

Le Groupe est très engagé dans la région Toulousaine. Nous le devons bien à Toulouse et à sa région après le drame qu’ont connu la population et le Groupe avec la catastrophe d’AZF.

– L’usine SunPower de Toulouse, filiale solaire de Total, dessert le marché français et le sud de l’Europe en panneaux solaires. Elle a été créée il y a 10 dix ans, dans le cadre du plan de soutien à l’emploi, suite à la catastrophe AZF, qui a contribué à créer ou conforter 2000 emplois dans cette région.

– L’Institut pour une culture de sécurité industrielle (ICSI), financé en partie par Total, situé sur le campus de l’Institut National Polytechnique de Toulouse, a ouvert ses portes en 2003. Ce centre de formation, d’expertise et de recherche, qui associe toutes les grandes entreprises françaises et tous les principaux instituts de sécurité, connaît une belle réussite y compris a l’international.

– Total a également participé de manière très significative à la création de l’Oncopole, campus unique en Europe, et de la Fondation Toulouse Cancer Santé, tous deux dédiés à la recherche et aux soins contre le cancer.

Un nouveau procès AZF s’ouvre en janvier 2017 devant la cour d’appel spécialisée de Paris. 16 ans après la catastrophe, comment le groupe Total aborde-t-il ce nouveau rendez-vous judiciaire ?

Je comprends l’émotion que peut susciter ce bien trop long feuilleton judiciaire dans la population toulousaine et chez les familles qui ont été touchées par ce drame. En janvier 2015, soit 14 ans après les faits, la Cour de cassation a cassé l’arrêt AZF. Toutes les condamnations et sanctions pénales prononcées à l’égard de Grande Paroisse et de l’ancien directeur de l’usine ont été annulées ; ce qui signifie que la relaxe générale prononcée en première instance a été rétablie. Nous attendons le nouveau procès pénal devant la cour d’appel de Paris en regrettant que la cause de cette catastrophe demeure inconnue. Je voudrais surtout souligner tous les efforts que Total a déployés pour réparer les dommages, aider les victimes et rester attentif à celles-ci.

Air France a testé un vol Toulouse-Paris avec du bio kérosène que vous produisez. Quelle sont les ambitions de Total en matière de biocarburants ?

L’expérience d’Air France a duré d’octobre 2014 à Janvier 2016. Produire un kérozène permettant de réduire significativement les gaz à effet de serre est un challenge important, parce que l’aviation est l’activité la plus dépendante du pétrole. L’incorporation de composé d’origine végétale permet de relever ce défi car pour le transport aérien, il n’y a pas d’alternatives aux hydrocarbures.

Total veut être le leader dans les biocarburants en Europe et en France, notamment le biokérozène pour les avions. Nous investissons 200 millions € pour transformer la raffinerie de la Mède et créer la première bioraffinerie française, l’une des plus grandes d’Europe, pour répondre à la demande croissante en biocarburants. Nous avons aussi une activité importante de R&D pour porter à l’échelle industrielle des procédés de valorisation de la biomasse. A Toulouse par exemple, nous avons un partenariat en biologie synthétique avec la Toulouse White Biotechnology, le centre d’excellence dans le domaine des biotechnologies, qui mobilise sept chercheurs à temps plein pendant 4 ans !

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