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Hocine Malti : la politique algérienne du gaz de schiste traduit un deal avec la Maison-Blanche

août 31, 2015

30/08/2015 14h40 CEST
IN SALAH

Deux raisons expliquent l’entêtement du gouvernement algérien à vouloir exploiter le gaz de schiste : l’alignement sur la politique américaine en la matière et la panique qui règne dans les rangs du régime depuis qu’a été constatée la baisse drastique des recettes pétrolières du pays. C’est là une conviction de Hocine Malti dont il fait part dans une contribution parue aujourd’hui dans le quotidien El Watan.

L’ancien haut responsable à Sonatrach, auteur d’Histoire secrète du pétrole algérien, rappelle que lors de deux rencontres avec George W. Bush, en octobre et en novembre 2001, le président Bouteflika avait passé un « deal » avec ce dernier. En vertu de ce deal, écrit-il, « L’Algérie mettrait immédiatement en application la nouvelle doctrine américaine en matière d’énergie, avec pour conséquence la cession déguisée des richesses pétrolières algériennes aux entreprises américaines » et mettrait également à la disposition des services de sécurité américains « la mine d’informations sur Al Qaîda qu’elle détenait alors ». En contrepartie de quoi, ajoute-t-il, « les Etats-Unis fourniraient aux hommes du régime et à lui personnellement (Bouteflika, Ndlr) soutien et protection ».

Les dispositions les plus controversées de la nouvelle loi sur les hydrocarbures (2007) ont été annulées quelques années plus tard mais, poursuit Hocine Malti, « l’engagement pris par Bouteflika d’une exploitation intensive des ressources pétrolières algériennes afin de satisfaire les besoins et desiderata des Américains fut maintenu ». Et souligner que c’est dans ce cadre que « furent engagés par le ministère de l’Energie, au cours des années 2010/2011, des contacts secrets avec les multinationales pétrolières qui aboutirent à la promulgation en 2013 de la nouvelle loi autorisant l’exploitation du gaz de schiste ».

Un Américain pour « prêcher » la bonne parole aux cadres de Sonatrach

Pour l’ancien haut responsable de Sonatrach, l’alignement de l’Algérie sur la politique américaine dans ce domaine est apparu au grand jour au 1er trimestre de cette année : « De crainte que le virus de la contestation anti-gaz de schiste n’atteigne les rouages de l’entreprise nationale des hydrocarbures (Sonatrach, Ndr), le gouvernement fit appel en février aux services d’un ‘’spécialiste’’, Thomas Murphy, directeur d’un centre de recherches chargé du suivi de l’exploitation du gisement de Marcellus en Pennsylvanie, qu’il fit venir à Alger pour y ‘’prêcher’’ la bonne parole aux cadres supérieurs de Sonatrach. ». Et de rappeler que le financement et le fonctionnement du centre que dirige M. Murphy sont assurés par quelque 300 entreprises qui participent à des degrés divers à l’exploitation du gaz de schiste de ce gisement.

A cela s’ajoute, écrit encore Hocine Malti, le passage à Alger du sous-secrétaire d’Etat aux Affaires économiques, M. Rivkin, déclarant au cours d’une conférence de presse tenue à l’ambassade américaine, qu’il n’avait pas de conseil à donner aux Algériens mais qu’il les informait, néanmoins, que l’exploitation de ce gaz avait été créatrice d’emplois dans son pays, que la technique utilisée était saine et sans danger et que les Etats-Unis étaient disposés à leur fournir l’assistance technique nécessaire s’ils le désiraient.

Essoufflement des gisements de pétrole et de gaz

La seconde raison pour laquelle le régime a décidé de faire le forcing pour l’exploitation du gaz de schiste a commence à se préciser, selon Hocine Malti, en 2011, « quand il se rendit brusquement compte de l’essoufflement des gisements de pétrole et de gaz dont la production avait commencé (et continue) à chuter ». En parallèle, écrit-il, « le prix du baril de pétrole a entamé une dégringolade devenue encore plus importante depuis novembre 2014 » alors que « les hydrocarbures représentent 98% des recettes en devises de l’Algérie qui importe quasiment tout ce qu’elle consomme ». Et de constater : « Etant donné que rien n’a été fait par le régime pour préparer ce qu’il appelle ‘’l’après-pétrole’’, dont il parle depuis une quinzaine d’années au moins, il se retrouve, de par son incurie, pris de panique, car il sait que toute baisse de ces recettes affectera directement le vécu quotidien des citoyens, dont il craint le réveil brutal. », les revenus du pétrole et du gaz, ayant servi à acheter la paix sociale.
Soutien aux militants anti-gaz de schiste d’In Salah

Hocine Malti se dit convaincu que la mobilisation de la population d’In Salah (contre l’exploitation du gaz de schiste, Ndr), a réussi « à semer le doute dans l’esprit des responsables politiques algériens ». Un fait inédit en Algérie : « De tout temps et en toutes occasions, le pouvoir a considéré qu’il était seul à détenir la vérité, que les citoyens étaient des mineurs incapables de toute réflexion, qu’il n’avait donc pas à discuter ou à négocier quoi que ce soit avec eux et qu’il pouvait donc les manipuler à sa guise. Mais là, pour la première fois, on a réellement l’impression qu’il hésite ».

C’est pourquoi, explique l’ex-haut responsable de Sonatrach, le soutien aux militants « anti gaz de schiste » algériens, aux habitants d’In Salah en particulier, est important et « les aidera certainement à vaincre cette hésitation et à imposer le changement de politique souhaité ».

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