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Des dirigeants d’Engie suspectés en Italie de «désastre environnemental»

juin 25, 2015

 

soource: mediapart PAR JADE LINDGAARD

Engie, ex-GDF-Suez, est mis en cause par la justice italienne pour le « désastre environnemental » de la centrale à charbon de Vado Ligure, responsable de la mort de plusieurs centaines de personnes, selon une expertise scientifique.

C’est une première judiciaire en Europe et, sans doute, dans le monde : la justice italienne suspecte 86 personnes d’avoir causé un « désastre environnemental »en participant au fonctionnement de la centrale à charbon de Vado Ligure, au nord de l’Italie, non loin de Gênes, opérée par Tirreno Power, filiale à 50 % d’Engie (ex-GDF-Suez). Parmi elles, quatre dirigeants du groupe français sont directement mis en cause : le vice-président senior en charge de la production du gaz pour la France et l’Europe du Sud, son directeur des ventes d’énergie pour l’Italie, ainsi que le président et le directeur général de GDF-Suez Energia Italia, filiale à 100 % d’Engie.

Le parquet de Savone les suspecte d’avoir, comme les autres administrateurs et dirigeants de Tirreno Power, contribué à la mort de 427 à 657 personnes entre 2000 et 2007 par maladies cardiovasculaires et respiratoires, en raison des émissions de la centrale. Entre 2005 et 2010, de 298 à 433 enfants ont déclenché des maladies respiratoires imputables à la centrale, et entre 2 161 et 2 223 adultes ont développé des pathologies cardiovasculaires et respiratoires, selon la note du procureur, rendue publique mi-juin (à lire ici, notamment p. 15, en italien). Le code pénal italien punit les délits de désastre environnemental ou sanitaire de peines de 3 à 12 ans de prison.

La centrale de Tirreno Power à Vado Ligure, au nord de l'Italie.La centrale de Tirreno Power à Vado Ligure, au nord de l’Italie.

Ces accusations spectaculaires reposent sur des expertises scientifiques innovantes. Elles permettent d’établir une relation statistiquement significative entre l’augmentation de l’exposition aux polluants rejetés par la centrale de Vado Ligure et l’augmentation du « risque sanitaire », c’est-à-dire les pathologies et les décès dans les zones entourant le site de production d’électricité, selon le Parquet de Savone. Une carte des expositions à la pollution a d’abord été réalisée, selon une double méthodologie : un modèle mathématique de la dispersion des émissions de dioxyde de soufre (SO2), dues exclusivement à la centrale ; des relevés de bioaccumulation sur les lichens (très sensibles à la pollution atmosphérique) de marqueurs spécifiques au charbon lorsqu’ils sont présents simultanément (arsenic, plomb, sélénium, cadmium et antimoine).

Une étude épidémiologique a ensuite été conduite sur plus de 156 000 personnes vivant dans 23 communes alentour. Elle démontre un lien de cause à effet statistique et proportionnel à l’exposition à la pollution. « Les effets sanitaires sont certainement imputables à l’exploitation de la centrale à charbon du fait qu’il s’agit de pathologies scientifiquement liées à ce type d’émissions et qu’il n’existe aucune explication valable d’une cause alternative à cette catastrophe sanitaire, comme le tabac, les expositions professionnelles ou les habitudes alimentaires », explique à Mediapart Matteo Ceruti, avocat des plaignants. Mise en service dans les années 1970, la centrale de Vado Ligure est située dans une région densément peuplée de l’Italie, sur la côte ligure, ce qui explique le grand nombre de personnes atteintes par ses émissions.

L’enquête préliminaire du parquet de Savone est terminée. S’ouvre une période de débats contradictoires à l’issue de laquelle le juge de l’audience préliminaire pourrait délivrer un acte d’accusation aux suspects, ce qui donnerait lieu à un procès. En mars 2014, le juge aux enquêtes préliminaires a exigé la fermeture des deux groupes de charbon de la centrale de Tirreno Power (ses deux unités de gaz continuent de tourner) en raison de la « catastrophe » environnementale et sanitaire qu’ils provoquent. Ils n’ont pas été autorisés à reprendre leur activité.

Le groupe Engie refuse de commenter la procédure judiciaire en cours et dit faire confiance aux membres du conseil d’administration de Tirreno Power pour respecter les lois et normes environnementales. L’avis du parquet de Savone est en cours d’analyse par son service juridique. C’est en 2010 que l’ancien GDF est monté à 50 % dans la société Tirreno Power, suite à sa fusion avec Suez.

La gravité de ces accusations ne peut pas laisser indifférent l’État français, actionnaire à 33,3 % d’Engie. Le sujet est d’autant plus sensible que la France accueille en décembre le sommet sur le climat de l’ONU, la COP 21, et qu’Engie fait partie des entreprises qui financent l’organisation de l’événement – les « amies du climat »selon l’expression du ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius.

Extrait du rapport de Greenpeace sur le danger du charbon pour la santé (DR). Extrait du rapport de Greenpeace sur le danger du charbon pour la santé (DR).

La centrale à charbon de Vado Ligure « n’est ni la plus grosse ni la plus polluante d’Italie mais c’est la plus nocive pour les habitants car elle est située dans un important bassin de population », explique Andrea Boraschi, en charge de l’énergie et du climat pour Greenpeace Italie, associé à la plainte contre Tirreno Power, avec le WWF et la Ligue pour l’environnement. L’ONG dénonce le comportement de l’exploitant de la centrale qui a « constamment cherché à économiser de l’argent en refusant d’investir dans les technologies permettant de réduire ses émissions ». En 2013, elle a publié un rapport sur les morts causées par la pollution des centrales à charbon, « Tueurs silencieux ». Plus de 30 000 personnes perdraient la vie chaque année si toutes les centrales à charbon actuellement en cours de construction ou en prévision entraient en service, selon leur estimation.

Le charbon représente environ 15% du parc de production d’électricité d’Engie dans le monde. Début juin, dix jours après sa mise en cause par un rapport des Amis de la terre et d’Oxfam pour la quantité astronomique de CO2qu’émettent ses centrales à charbon dans le monde, le groupe a renoncé  à la centrale de Thabametsi en Afrique du Sud, l’un des plus gros projets en cours dans ce pays très dépendant du charbon. « Nous développons les renouvelables en priorité mais je ne peux pas vous dire aujourd’hui que nous avons décidé de ne plus faire de charbon », ajoute aujourd’hui la direction de sa communication.

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