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Fabius et Royal en plein cirque climatique

juin 17, 2015

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mercredi 17 juin 2015


Par Fabrice Nicolino

Nos ministres sont vraiment très bons. Fabius et Royal s’envoient des torgnoles pour être au premier rang de la grande conférence climatique de décembre. Menu problème : Ils ne pensent qu’à leur gueule. Surtout ne pas embêter gaziers et pétroliers.

Place aux titans. Et même aux Titans, car ces deux-là relèvent à coup certain de la mythologie. D’un côté ce vieux cheval de retour appelé Laurent Fabius. Et, de l’autre, la réincarnation en coton blanc de Jeanne d’Arc, Ségolène Royal soi-même. Le premier est ministre des Affaires Étrangères, la seconde ministre de l’Écologie. Et les deux se battent derrière le rideau de scène à coups de batte de base-ball, au point que les voisins se sont plaints. On résume : Fabius pense que Royal ne lui arrive pas aux doigts de pied et l’accuse de l’avoir oublié sur le tarmac de Lima (Pérou) – authentique – où avait lieu une énième rencontre internationale. Ajoutons qu’il veut faire de la grande conférence climatique de décembre prochain, à Paris, une patriotique victoire personnelle. En attendant, il travaille et, surtout, fait travailler ses gus, alors que Ségolène Royal n’en fout pas une.

Royal et Fabius ne sont pas dans le même bateauLe grand art de madame, c’est de commander aux caméras et journaux serviles. Le 1er juin, elle déclare au Monde que « les négociations de l’ONU sont totalement inadaptées à l’urgence climatique », façon gentillette de dire que les diplomates de Fabius sont des branleurs. Et elle ajoute : « Il faut changer de méthode », pour ne pas dire d’hommes. Les deux sont bien au-dessus de la vulgaire question climatique, pensez. Fabius, qui se prétend écolo depuis vingt ans et plus, a surtout saboté l’écotaxe en 2001, quand il était ministre des Finances de Jospin. Un impôt pourtant présenté à l’époque comme décisif dans la lutte contre l’effet de serre. Quant à Royal, ne jamais oublier qu’elle a été ministre de l’Environnement en 1992, lorsqu’il aurait été formidable – et possible – de mobiliser la société contre le dérèglement climatique. Mais qu’a-t-elle fait ? Queude. Rigoureusement que dalle.

Leur querelle d’aujourd’hui n’a de valeur que celle de leur vacuité, et leurs propos publics restent dans la stratosphère, en compagnie de la couche d’ozone mitée. L’essentiel est de ne pas embêter le vrai taulier de leur monde, c’est-à-dire l’industrie. Il y aurait pourtant une annonce sensationnelle à faire, qui démontrerait au monde entier que la donne a changé : se lancer à corps perdu dans une « décarbonisation » de l’économie. Les British vont plus loin encore avec leur campagne Keep it in the ground – « Gardez ça dans le sol » – rejoints en France par l’association ATTAC. Dans une tribune parue fin mai dans Libération, [1] les deux activistes Maxime Combes et Nicolas Haeringer posent la question qui tue : pourquoi aucune de nos Excellences ne propose-t-elle de limiter la production de charbon, de gaz et de pétrole ?

Sur ce terrain, Fabius et Royal sont évidemment aux abonnés absents et font mine d’ignorer ce qui est en train de se passer dans le sud de l’Algérie. La région d’In Salah – 50 000 habitants au cœur du Sahara – est en proie depuis le début de l’année à une série impressionnante d’émeutes populaires. L’enjeu ? Le gaz de schiste, pardi. À In Salah, où les forages ont commencé, des transnationales comme BP, Shell ou l’italienne ENI ont jeté dans la danse leurs lourds engins et envisagent de puiser massivement dans les nappes d’eau fossiles, trésor venu des temps où il pleuvait sur le Sahara. Et Total, notre vaillant champion ? La boîte de feu Christophe de Margerie est présente partout où se prennent les décisions, mais fait mine pour le moment de ne pas s’intéresser au gaz de schiste. On prend les paris pour la suite. Dernier élément qui ne devrait pas surprendre Fabius, ministre des ambassadeurs. Nos diplomates auprès de militaires ont tout fait, dans la discrétion, pour pousser Alger à l’exploitation des gaz de schiste.

Pour une raison simple : les ressources gazières de l’Algérie baissent inexorablement, et, pour assurer la tranquillité de nos hivers, il faut pouvoir compter sur des exportations en hausse, même si elles proviennent du gaz de schiste. Le climat mondial, là-dedans ? Mais qu’en ont-ils à foutre ?

Fabrice Nicolino

(Illustration : photo d’émeute à In Salah en Algérie)

Charlie Hebdo N° 1194 du 10 juin 2015


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