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Europe de l’énergie : la géopolitique plus importante que l’écologie ?

mars 2, 2015

Localtis.info 

 

EnergiePublié le lundi 2 mars 2015

Présentée comme une nouvelle Ceca (Communauté européenne du charbon et de l’acier), la stratégie pour l’Union de l’énergie, présentée par la Commission le 25 février consiste surtout à diversifier ses sources d’approvisionnement pour se soustraire à la dépendance de la Russie. Quitte à se tourner vers des sources d’énergie contestées comme les gaz de schiste. Pour la partie énergies renouvelables et efficacité énergétique, la stratégie reprend essentiellement les objectifs arrêtés en octobre par les 28.

En pleine crise avec la Russie sur l’Ukraine, la Commission européenne a présenté mercredi 25 février sa stratégie pour une « Union de l’énergie résiliente ». « Nous lançons aujourd’hui le projet européen le plus ambitieux dans le domaine énergétique depuis la création de la Communauté du charbon et de l’acier », s’est emballé à cette occasion Maroš Šefčovič, le vice-président chargé de l’Union de l’énergie, renvoyant aux lointaines origines de la construction européenne en 52… Les montants annoncés sont colossaux : plus de 2.000 milliards d’euros sur dix ans seront nécessaires pour mettre en oeuvre cette stratégie, dont la moitié d’ici à 2020, selon la Commission. Mais l’objectif est surtout de réduire la dépendance énergétique du continent, notamment gazière, vis-à-vis de la Russie.
L’UE est le premier importateur d’énergie au monde. Elle importe 53% de son énergie pour un coût de 400 milliards chaque année. Or, à elle seule, la Russie assure près de 40% de ces importations. Bruxelles rappelle que six Etats membres (Bulgarie, Estonie, Finlande, Lettonie, Lituanie et Slovaquie) dépendent uniquement de Gazprom pour leur approvisionnement.
Compte tenu de l’épuisement des gisements en mer du Nord, l’Europe pourrait importer jusqu’à 80% de ses besoins en 2030, selon les prévisions de l’Agence internationale pour l’énergie (AIE).

Diversification

Infrastructures vieillissantes, marché de détail fonctionnant mal, pourcentage élevé de foyers ne pouvant pas payer leurs factures, prix de gros de l’électricité et du gaz bien supérieurs à ceux pratiqués aux Etats-Unis. « C’est maintenant que l’Europe doit faire les bons choix », insiste la Commission dans sa communication.
Le projet européen – qui semble directement inspiré du dernier rapport de l’AIE –  repose sur cinq axes : la sécurité énergétique, la pleine intégration du marché européen, l’efficacité énergétique, la décarbonisation de l’économie, et enfin, la recherche, l’innovation et la compétitivité…
En matière de sécurité énergétique, l’UE cherche surtout à diversifier son approvisionnement, à la fois par voie terrestre et maritime.
« Il convient d’intensifier les travaux sur le corridor gazier sud-européen afin de permettre aux pays d’Asie centrale d’exporter leur gaz vers l’Europe. » La Commission promeut également la mise en place de « nœuds d’approvisionnement » dans le Nord de l’Europe pour l’approvisionnement en gaz liquide…
L’UE souhaite étudier « tout le potentiel du gaz naturel liquéfié (GNL) ». Elle s’efforcera ainsi de « lever les obstacles au GNL en provenance des Etats-Unis ». Ce qui revient à desserrer l’étau russe pour importer du gaz américain, fabriqué en grande partie à partir de gaz de schiste… EDF a déjà pris les devants en signant l’an dernier un énorme contrat avec l’américain Cheniere pour l’alimentation de ses centrales électriques.

Les gaz de schiste, une « possibilité envisageable »

Mais remplacer le gaz russe par du GNL nécessite d’importants investissements pour construire des terminaux capables d’accueillir les gigantesques méthaniers et les usines de regazéification (le méthane est liquéfié pour être transporté avant d’être regazéifié à son arrivée). C’est le cas à Dunkerque où un projet lancé en 2012 mobilise 2 milliards d’euros. C’est le plus gros chantier après l’EPR de Flamanville. Le terminal pourra accueillir les plus gros méthaniers du monde.
La construction de toutes ces infrastructures va mobiliser le plan Juncker. « La Commission européenne entend renforcer le soutien qu’elle apporte à ce processus en mobilisant tous les instruments de l’Union disponibles, dont le futur Fonds européen pour les investissements stratégiques (fonds Juncker, ndlr) et en appelant à un engagement sans réserve des établissements financiers européens. »
Bruxelles souhaite par ailleurs recourir à la production intérieure de gaz de schiste. Les énergies non conventionnelles sont une « possibilité envisageable », « à condition que les problèmes liés à leur acceptation par les populations et à leur incidence sur l’environnement trouvent une solution appropriée », estime-t-elle, à rebours des orientations prises en France. « Pas le gaz de schiste, n’en déplaise au lobby des investisseurs dans ce domaine », a martelé la ministre de l’Environnement Ségolène Royal, il y a une dizaine de jours, lors des débats au Sénat sur le projet de loi sur la transition énergétique. Seulement, c’est bien du gaz de schiste transformé en provenance de l’étranger qui s’écoulera dans les tuyaux français…
Au total, l’UE a recensé 248 projets d’intérêts communs (PIC) relatifs aux infrastructures énergétiques. Cette liste sera réexaminée dans le « courant de l’année » puis tous les deux ans. Parmi eux 33 sont jugés « essentiels » pour l’approvisionnement de l’Europe.

Efficacité énergétique dans les bâtiments

Alors que la France est engagée sur la voie de la transition énergétique, quelle place l’UE lui accorde-t-elle ? 200 milliards d’euros en dix ans seront investis dans ce domaine, soit le dixième de l’investissement prévu pour l’Europe de l’énergie. Le privé assumera « la plus grande partie » de ce coût. Seront également mobilisés la Banque européenne d’investissement, les mécanismes pour l’interconnexion en Europe, les fonds structurels et le plan Juncker.
La stratégie reprend les objectifs du paquet énergie climat 2030 arrêté en octobre 2014 : réduire ses émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40%, augmenter la part des énergies renouvelables d’au moins 27% et renforcer l’efficacité énergétique d’au moins 27%. L’objectif d’amélioration de l’efficacité énergétique sera réexaminé en 2020 dans la perspective de le porter à 30%. « La plus grande partie du travail doit être effectuée aux échelons national, régional et local », insiste la Commission. Elle attend ainsi des mesures prises aux niveaux local et régional « pour exploiter le potentiel d’efficacité énergétique des bâtiments », sachant que les trois quarts du parc de logements en Europe a un faible rendement. La Commission soutiendra des mécanismes visant à « simplifier l’accès aux sources de financement existantes » et proposera aux autorités de gestion des fonds structurels « des modèles de financement ‘prêts à l’emploi’ pour les instruments financiers ». Les instruments financiers sont des montages complexes reposant sur des garanties publiques et l’intervention des banques. La Commission élaborera un appui en termes d’assistance technique. L’UE entend également apporter son soutien à des initiatives telles que les « villes et collectivités intelligentes » ou le « Pacte des maires » par lequel les villes s’engagent à réduire leurs émissions de CO2.

Transports

A côté de la construction, l’UE  s’attaquera aux modes de transport, responsables de « plus de 30% de la consommation finale d’énergie en Europe ». « 94% des transports sont tributaires des produits pétroliers dont 90% sont importés », précise la Commission qui souhaite une Europe moins dépendante du pétrole. La stratégie vise à durcir les normes d’émission de CO2 applicables aux voitures et camionnettes au-delà de 2020 et à promouvoir le recours à des systèmes de péage routier sur le principe du pollueur-payeur et de l’utilisateur-payeur. La Commission poursuivra l’initiative « Shif 2Rail », un programme de modernisation du ferroviaire. Elle souhaite aussi accélérer le déploiement de points de ravitaillement et de recharge de véhicules électriques. Elle souhaite devenir « leader » en matière d’électromobilité, ce qui passera par « une intégration complète des véhicules électriques dans les politiques de mobilité urbaine ».
L’UE entend parallèlement devenir « leader mondial » dans les énergies renouvelables. « L’UE est bien partie pour atteindre l’objectif de 20% d’énergies renouvelables dans le bouquet énergétique d’ici à 2020 », assure la Commission. Elle proposera un nouveau paquet sur les énergies renouvelables en 2016-2017.
Enfin, la Commission vise un objectif de 10% d’interconnexion en Europe pour les réseaux électriques. Ce qui signifie que 10% de la production d’électricité doit passer les frontières… via des lignes à très haute tension, comme celle qui vient d’être inaugurée entre la France et l’Espagne, traversant les Pyrénées.
Selon le Bureau européen pour l’environnement, « la rhétorique sur l’importance de l’efficacité énergétique doit désormais être traduite en actions concrètes. Mais elle est déjà éclipsée par une recherche presque obsessionnelle de nouveaux fournisseurs de gaz ».

Michel Tendil

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