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Gaz de schiste, la loi du silence

février 10, 2015

Par  – l’usine nouvelle

Ludovic Dupin

© Pascal Guittet – L’Usine Nouvelle

  Des entreprises privées s’associent pour diffuser de l’information sur les hydrocarbures non conventionnels en France. Depuis 2011, les gouvernements successifs abandonnent leur devoir public de diffusion de la connaissance.

La création officielle du Centre des hydrocarbures non conventionnels (CHNC), ce 10 février, est un événement un peu étrange. La réunion d’une dizaine d’industriels (Total, GDF Suez, Vallourec, Solvay, Air Liquide, Vinci, Arkema, Technip, Bureau Veritas, Suez Environnement…) apparaît de fait comme un « simple » groupe de lobbying constitué dans le but de favoriser l’exploitation du pétrole et du gaz de schiste, du gaz de houilles, Mais surtout, il met en évidence, le mutisme du gouvernement sur le sujet. Volontairement, ce dernier ne rend public aucune information sur les gaz et huile de schiste en France. Un haut responsable français de l’énergie résume cette situation, en fronçant les sourcils : « Je ne vous parlerai pas du gaz de schiste, le gouvernement m’a expliqué que ce sujet n’existe pas. » Puis, il explique qu’il n’a pas le droit d’évoquer ce sujet ouvertement.

Le site de l’IFPEN (Institut Français du Pétrole Énergies Nouvelles), organisme de recherche publique de notoriété mondiale, présente une multitude de documents sur l’économie pétrolière, les énergies fossiles, la biomasse, le biométhane… Début 2013 – à l’époque des débats animés sous l’impulsion d’Arnaud Montebourg – l’IFPEN publie un « état des lieux sur les hydrocarbures de roche-mère ». Le ministère de l’Écologie appellera l’institut pour lui reprocher cette initiative sans l’aval de son autorité ministérielle. Conséquence : le document est toujours disponible mais il est précédé de la mention : « Ce rapport est émis à la seule initiative et sous la seule responsabilité d’IFPEN. Les informations données, attendus et conclusions, n’engagent aucun tiers qu’il soit public ou privé, en particulier n’engagent pas ses administrations de tutelle. »

Informations privées

Le mercredi 11 février, le député honoraire UMP François-Michel Gonnot, président du Club Énergie & Développement, animera son congrès annuel sur le thème : « La transition énergétique : et après ? » Au programme : l’avenir du nucléaire, le développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, ainsi que les conséquences socio-économiques de la loi portée par la ministre Ségolène Royal. Rien sur les énergies fossiles pourtant présentes dans la loi avec un objectif de diminution de la consommation en 2030. « Aujourd’hui, dans ce pays, on ne peut plus parler de pétrole. Personne n’ose aborder les thèmes de la réforme du code minier, les hydrocarbures non conventionnels ou la question des 140 à 150 demandes de permis pétroliers bloquées sur le bureau de la ministre et qui paralysent l’industrie pétrolière en France« , regrette François-Michel Gonnot.

Pourtant, avec l’arrivée de Ségolène Royal au ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, le pragmatisme sur le sujet semblait de mise. Loin de l’opposition tranchée de Delphine Batho, elle laissait les laboratoires publics français lancer des programmes de recherches sur les hydrocarbures non-conventionnels ou, du moins, participer à des programmes de recherches européens. La prise de position de Nicolas Sarkozy en faveur du gaz de schiste lors de la campagne pour la présidence de l’UMP a refermé ces portes à peine entrouvertes.

Assumer le débat

Les positions pro et anti-hydrocarbures non conventionnels sont, tout à fait, respectables. Elles méritent la discussion. Refuser le débat est, par contre, une erreur grave. En empêchant toute exploration du sous-sol depuis la loi du 13 juillet 2011, on a confié le développement de compétences et d’expertise aux sociétés privées. Après avoir privatisé à 100 % la recherche sur le gaz de schiste en France, l’information suivrait-elle la même voie ? Elle est désormais concentrée entre les mains du CHNC et de l’UFIP (Union française des industries pétrolières)… Pourtant le CNRS, le BRGM, l’IFPEN et les autres puissants laboratoires publics français ont pour mission un devoir d’information !

Une exploration sous contrôle public de notre sous-sol permettrait peut-être de clore le débat s’il se révélait qu’aucune ressource n’existait. Une hypothèse pas totalement farfelue. Les estimations que nous possédons sur la France (3 800 milliards de mètres cubes de gaz de schiste et 2 milliards de barils de pétrole de schiste) reposent uniquement sur des données géologiques issues d’études américaines. Ce sont les mêmes estimations qui ont poussé les grands pétroliers mondiaux à lancer de lourds investissements sur l’eldorado polonais. Cinq ans plus tard, la quasi-totalité des pétroliers (Total, Marathon Oil, Talisman Energy, Exxon Mobil, ENI…) ont retiré leurs billes face au faible potentiel de rentabilité des gisements de ce pays slave.

Ludovic Dupin

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