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Algérie : « Le centre de gravité du mouvement social migre vers le Sud »

janvier 12, 2015
by

Mohand Aziri, le 11.01.15, El Watan

Farid Cherbal. Enseignant-chercheur, ancien syndicaliste CNES

L’irruption des populations du Sud, l’appropriation d’enjeux nationaux sont quasi inédites. La mobilisation citoyenne contre l’exploitation du gaz de schiste, comme c’est le cas à In Salah, avec ce formidable mouvement pacifique, brassant large et où toutes couches sociales sont représentées, n’a pas son pareil dans les annales. A quoi cela obéit, selon vous ? Quelle signification donneriez-vous à ce mouvement ?

C’est tout le peuple en fait qui est mobilisé. Un mouvement social, ne l’oublions pas, ne surgit pas du néant. Il a toujours une histoire. Une mémoire. Depuis 2011, le pays a connu un certain nombre de mouvements sociaux qui ont, certes, porté des revendications corporatistes mais pas seulement. Je pense notamment au grand mouvement étudiant de 2011, à la mobilisation des résidents, à celle de la coordination des chômeurs qui se sont transcendés et ont porté des revendications intégrant les libertés, démocratie, justice…

Pour ce mouvement social en cours dans sud de l’Algérie, cela traduit, à mon sens, une mutation dans la nature même des mouvements sociaux algériens en cela qu’il introduit de nouvelles formes d’expression et en s’emparant de revendications nationales, dépassant ainsi le corporatisme classique qui a été l’apanage du mouvement syndical autonome algérien. Cela veut dire que ce mouvement syndical, social, né après la Constitution de 1989 est arrivé au terme de son parcours historique.

Car, comme partout dans le monde, ces syndicats, ces mouvements se doivent d’être en phase et à l’écoute de la société. Or, en Algérie, ils ne prennent plus en charge les revendications sociétales comme on le voit avec les questions du chômage, de santé publique, la protection de l’environnement et, présentement, avec la question, la grande question qui concerne l’Algérie qui est celle de la transition énergétique.

Aujourd’hui, nous avons l’impression que le centre de gravité des mouvements sociaux, après avoir été dans les années 1980 à 2000 dans les villes du Nord, en Kabylie, est en train de se déplacer vers le Sud. Ceci s’explique par plusieurs facteurs, dont la pénétration de l’enseignement supérieur dans ces régions avec un développement et l’essaimage d’universités dans toutes les grandes villes du Sud. Il y a donc un savoir qui a sédimenté, un niveau d’expertise qui a été acquis par les enfants de ces régions ; au final une émergence de la citoyenneté avec un niveau de conscience élevé des intérêts économiques, stratégiques des populations concernées.

Comparaison n’est pas raison. En Tunisie, la révolution est partie de l’arrière-pays, du Sud, de Sidi Bouzid. Une évolution de ce type est-elle envisageable ?

Un scénario similaire est à exclure dès lors que les formations sociale et historique sont toutes différentes dans les deux pays. N’oublions pas la mémoire historique algérienne et l’engagement extraordinaire des populations du Sud algérien dans le combat libérateur. Cette conscience nationale et cet engagement extraordinaire ont joué un rôle stratégique dans la Révolution algérienne.

Les solidarités nationales construites, la circulation des armes, des combattants (…) ont donné un autre poumon à cette Révolution pour respirer. D’ailleurs, cet apport stratégique se doit d’être exploré par les historiens et davantage mis en valeur. Ce qu’il en est, est que le réveil de cette conscience citoyenne – comme c’est le cas à In Salah – est extrêmement important.

C’est la première fois qu’on est en présence d’un mouvement citoyen qui ne présente pas des revendications comme celles qu’on a l’habitude de voir un peu partout ailleurs : logement, travail, raccordement au gaz, à l’eau, etc. Les revendications des populations d’In Salah ont un cachet et un caractère national et concernent la question de l’énergie avec cette exigence d’un vrai débat sur l’opportunité ou pas de l’exploitation des énergies non conventionnelles. Cette question et celle en rapport à la défense de l’environnement sont en effet essentielles pour l’avenir des générations futures.

Elles sont, comme on le constate, posées par les populations du Sud. Et c’est une première, puisque cette mobilisation va baliser le futur de l’Algérie. Les pouvoirs publics, qui ont maintenant commencé à amorcer un dialogue avec les populations locales, se doivent d’écouter davantage et d’accentuer ce dialogue avec ce mouvement citoyen, ses associations, comme Shams qui a une grande expertise, car ils posent des enjeux qui concernent en fait les 48 wilayas.

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