Les faits – Le gouvernement allemand veut autoriser des forages scientifiques, strictement contrôlés, pour ne pas rater une évolution technologique. Il répond aux attentes des industriels et des syndicats, inquiets d’une réindustrialisation en Amérique du nord aux dépens des entreprises européennes.

Le gaz de schiste refait parler de lui en Allemagne. Le gouvernement s’oriente vers un encadrement strict de la technique controversée de fracturation hydraulique qui permet d’exploiter ces hydrocarbures prisonniers des profondeurs. Conformément au contrat de coalition, Berlin refuse un usage commercial de ces technologies non conventionnelles. Le projet de loi en préparation doit confirmer ce principe. Mais, comme les ministres de l’Economie et de l’Environnement s’étaient accordés avant l’été, des forages expérimentaux doivent rester possibles. Tablant sur le progrès technique, le gouvernement de coalition droite-gauche d’Angela Merkel veut laisser une porte ouverte à une exploitation conforme aux standards environnementaux. Une interdiction pure et simple « contreviendrait au principe constitutionnel de proportionnalité », a également rappelé lundi Barbara Hendricks, titulaire du portefeuille de l’Environnement.

Les expériences seront interdites dans les zones naturelles protégées et là où se trouvent les bassins de prélèvement d’eau minérale. Les forages ne pourront explorer le sous-sol qu’en dessous de 3000 mètres de profondeur pour ne pas mettre en danger les nappes phréatiques. Et pour répondre à la principale critique envers la fracturation hydraulique, aucun produit nocif ne pourra être utilisé.

Une commission de six membres regroupant scientifiques et administration examinera les demandes et évaluera les résultats des expérimentations. La presse allemande avait laissé entendre ce weekend que ce panel aurait un pouvoir de décision. « Ce n’est pas prévu dans le projet de loi en question », a précisé un porte-parole du ministère de l’Environnement lundi. « La commission doit conseiller les décideurs, ses décisions sont consultatives » a-t-il dit. Les autorités locales chargées de la gestion de l’eau auront le dernier mot.

L’Allemagne dispose de confortables ressources exploitables de gaz de schiste, entre 700 et 2270 milliards de m3 selon les estimations. Mais en regard des dégâts environnementaux constatés en Amérique du Nord, le gouvernement sait que le sujet est délicat et avance avec précaution. La population allemande, préoccupée par la qualité de l’eau, est rétive. L’opposition écologiste en a fait un de ses chevaux de bataille. « Nous avons besoin d’une transition privilégiant les renouvelables et l’efficacité énergétique et pas l’introduction d’une nouvelle technologie fossile à risques », vitupère le député vert Oliver Krischer.

Avec le feu vert donné aux forages scientifiques, Berlin tient compte des préoccupations des industriels et des syndicats, qui le poussent à avancer. Faisant front uni sur cette question, ils réclament une approche ouverte sur le gaz de schiste. Les acteurs économiques allemands observent avec circonspection la réindustrialisation en cours en Amérique du nord grâce aux hydrocarbures bon marché. Même des grandes entreprises allemandes sont sensibles à ces sirènes : le géant de la chimie BASF va construire une nouvelle usine pour plus d’un milliard d’euros outre-Atlantique. « Le gaz coûtait aux Etats-Unis le tiers du prix européen en 2013 », a justifié le patron de BASF Kurt Bock lors de l’annonce de cet investissement colossal en mai dernier. Ce sont autant d’emplois et de contrats qui s’envolent pour les entreprises et les salariés allemands. Considérant plus largement la transition énergétique et les objectifs climatiques, quatre syndicats (métallurgie, chimie et énergie, construction, transport ferroviaire) ont lancé dernièrement une « alliance pour une politique énergétique raisonnable » afin d’alerter les pouvoirs publics sur les risques que des positions trop «vertes» font peser sur la croissance économique.