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Gaz de schiste : le filon parisien est-il toujours convoité ?

novembre 16, 2014

 

Publié le 16-11-2014 à 12h56

VIDEO. Les pétroliers continuent-ils à s’intéresser au potentiel du Bassin parisien malgré la loi ? « L’Obs » a tenté de le vérifier, en Seine et Marne, deuxième gisement estimé de gaz de schiste en France.
Concession de Champotran (Seine et Marne) E.B/L'ObsConcession de Champotran (Seine et Marne) E.B/L’Obs
L’entreprise se conforme strictement à la loi et travaille uniquement dans le cadre de la loi et des réglementations en vigueur. Notre exploration comme notre exploitation ont une visée strictement conventionnelle. »

vidéo du site d’extraction

 

Le gaz de schiste, de l’histoire ancienne ?

Faux. Suite au passage de la loi, toutes les demandes de permis concernant explicitement l’exploration et l’exploitation d’hydrocarbures non-conventionnels ont été refusées par Philippe Martin, prédécesseur de Ségolène Royal au Ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie. Depuis, les pétroliers affirment ne plus espérer une abrogation de la loi.

Jean-Louis Schilansky, président de l’Union française des industries pétrolières (UFIP) l’affirme :

Pour changer la loi il faudra peut-être vingt ou quarante ans … Or les entreprises fonctionnent selon le contexte réglementaire en vigueur. »

Pourtant début novembre, Denis Baupin, député EELV et vice-président de l’Assemblée nationale, alertait Ségolène Royal sur une demande de permis de la société Realm Energy International et faisant l’objet d’une consultation publique pour la concession de Dicy dans l’Yonne. Elle concerne explicitement l’exploration et l’exploitation de gaz de schiste par le biais de la fracturation hydraulique.

« Un soin particulier sera apporté au traitement des eaux utilisées pour la fracturation des schistes à gaz afin d’éviter toute pollution des nappes phréatiques », précise d’ailleurs la notice d’impact déposée par Realm Energy International. D’autres permis sont aussi suspectés par les associations de protection de l’environnement de viser le gaz de schiste, comme la demande de Gastins, en Seine et Marne.

Les pétroliers explorent-ils malgré la loi ?

C’est tout le débat. La loi permet tout à fait aux pétroliers d’explorer dans le but de trouver du pétrole conventionnel. Des campagnes sismiques sont ainsi régulièrement organisées sur les concessions pour déterminer ce que contient le sous-sol. Ces « cartographies » peut tout autant faire apparaître le pétrole conventionnel et les roches mères d’hydrocarbures non conventionnels.

Jane Buisson, présidente de l’association France Nature Environnement 77, s’étonne :

« En plus de 60 ans d’exploration, on estimait que les pétroliers avaient une pleine connaissance du sous-sol seine-et-marnais pour ce qui est du conventionnel. C’est pourquoi nous les suspectons de toujours mener ces campagnes pour vérifier l’existence et la quantité de gaz de schiste dans la région ».

Les soupçons des écologistes sont aussi renforcés par un rapport de 2012 établi à la demande de Nathalie Kosciusko-Morizet, alors ministre de l’Ecologie. Une vingtaine de permis en cours d’instruction en Seine-et-Marne y ciblaient alors la recherche de pétrole non-conventionnel nécessitant le procédé de fracturation hydraulique.

« Aujourd’hui ces demandes demeurent sans faire référence au pétrole non-conventionnel. Mais comment imaginer que le pétrolier n’espère pas que la législation change et lui permette d’atteindre sa cible première : le gaz de schiste », s’interroge ainsi Jane Buisson.

Par la voix de Jean-Louis Schilansky, l’Union française des industries pétrolière, s’en défend formellement :

Pures spéculations. Aujourd’hui les pétroliers investissent dans une perspective conventionnelle. »

L’État fait-il « un procès d’intention » aux pétroliers ?

Deux sons de cloche. « L’année dernière, seulement deux demandes de permis de forage pour du pétrole conventionnel ont été attribuées sur plus d’une centaine déposée », proteste Jean-Louis Schilansky. « Et elles étaient en attente depuis 3 ans ». Pour le président de l’UFIP, les délais sont trop longs et le ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie bloquerait les permis par suspicion. « Il y a un procès d’intention. Car aucune société ne prendrait le risque d’enfreindre la loi de juillet 2011. »

De son coté, Marina Louvet, chargée de communication au Ministère, dément tout blocage : « Deux permis ont en effet été attribués en 2012, mais le chiffre est équivalent aux autres années. Néanmoins, quatre prolongations et/ou mutations de concessions ont aussi été effectuées. Et s’explique :

Depuis le passage de la loi et suite à la révision du 27 décembre 2012, les procédures se sont allongées, notamment avec la mise en consultation publique des demandes ».

A long terme, des pétroliers espèrent-ils mettre la main sur le schiste ?

Si on récapitule : avant la loi de 2011, des pétroliers se sont intéressés au gaz de schiste. Cette loi a tué leurs ambitions. Alors pourquoi s’obstinent-ils à maintenir leurs concessions ? Surtout quant on sait que la capacité des sous-sol français en conventionnel, seine-et-marnais notamment, reste faible et en recul constant.

L’Union Française des Industries Pétrolières (UFIP) le reconnaît :

« En ce qui concerne les exploitations conventionnelles, on pense que le potentiel est faible. On ne pense pas qu’il y ait beaucoup de ressources dans le sous-sol du Bassin parisien. »

Les poids lourds du secteur conventionnel semblent désormais préférer l’étranger. Vermilion Energy a ainsi obtenu ses concessions de Total qui les lui a vendues. En métropole, le géant pétrolier ne possède plus que deux puits en Aquitaine.

Les six entreprises encore présentes sur le territoire français sont des structures modestes. « Ces petites sociétés pensent qu’il y a un potentiel, bien qu’elles exploitent des gisements existants depuis des décennies »,explique le président de l’UFIP. Vermilion extrait ainsi les dernières ressources exploitables : 4.000 barils par jour.

L’entreprise a récemment investit 30 millions d’euros sur le seul bassin parisien, dont la moitié pour le seul site de Champotran. Certains lui jettent le mauvais oeil : elle investirait sur l’avenir, pour être prêt le jour où le gaz de schiste sera exploitable.

Jean-Louis Schilansky de l’UFIP rejette ces accusations :

« C’est le propre de l’activité des pétroliers d’investir en vue de trouver des ressources, mais ce n’est pas toujours le cas, sinon ce serait trop facile. Par exemple, en Guyane, un milliard de dollars ont été perdus, investis pour rien. »

Mais si le pétrole se fait rare, on estime que le bassin parisien pourrait être la deuxième source de gaz de schiste européenne avec des réserves estimées à plus de 5.000 milliards de mètres cubes. Bien qu’aucune étude ne permette actuellement de connaître le potentiel exact de la région en hydrocarbures non-conventionnels, le gaz de schiste est un magot sur lequel les pétroliers sont assis, sans pouvoir aujourd’hui y toucher. Mais difficile de croire qu’ils l’ont oublié.

Cathy Dogon – Elena Brunet

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