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« TAFTA, l’accord du plus fort » de Thomas Porcher et Frédéric Farah

octobre 13, 2014

source: info chalon

Au lendemain de la journée d’action européenne anti TAFTA (Transatlantic Free Trade Agreement) pendant laquelle des manifestants ont demandé l’abandon de cet accord commercial gigantesque en projet entre Union Européenne et Etats-Unis, un petit livre pas cher récapitule les dangers de cet accord pas comme les autres. Thomas Porcher et Frédéric Farah, deux économistes et universitaires détaillent en 65 pages, un traité en négociation encore trop secret « qui risque de changer radicalement la vie de centaines de millions de citoyens américains et européens. »

La multiplication des identités rend toujours  les gens un peu suspects. C’est aussi le cas avec les traités commerciaux. TAFTA, GMT (Grand Marché Transatlantique), TTIP (Transatlantic trade and Investement partnership), voilà pour les noms d’usage de cet accord international en négociation de part et d’autre de l’Atlantique. Le futur traité de libre – échange entre Etats-Unis et Europe, les deux plus grandes zones économiques du monde actuel vise à « baisser le plus possible les barrières du commerce, notamment les normes ».  Afin de, si l’on écoute les partisans créer des millions d’emplois et doper l’économie en berne. Voire. Le traité en chantier n’est pas du tout du goût des deux co-auteurs de l’ouvrage.

Thomas Porcher et Frédéric Farah, qui suivent de près, autant que possible étant donné le secret qui entoure les discussions, l’élaboration du traité, incitent le lecteur-citoyen à la méfiance face à ce cadre trop beau pour être vrai. Comme on le sait en matière de placement bancaire ou d’économie, ce qui parait trop beau… est trop beau !

Car l’effet de l’application de ce traité ne sera ni plus ni moins que miraculeux sur l’économie de la vieille Europe et celle des Etats-Unis si l’on s’en tient aux arguments de ces promoteurs, au premier rang desquels on trouve les multinationales, américaines et européennes. Des millions d’emplois à la clé, une croissance retrouvée et dopée (au moins) à la vitamine C (si !) et des chiffres d’affaires en hausse pour toutes les entreprises en mal d’échanges transatlantiques. Des sociétés qui ne seront plus du tout agacées par la paperasse et les tracasseries de ces différences de normes qui étouffent le bel esprit d’entreprise néolibéral conquérant sans frontières.  Les co-auteurs identifient déjà plusieurs risques pour « les consommateurs et les travailleurs mais également pour certains secteurs d’activité (…) avec cet accord, la transition énergétique sera encore plus difficile à engager ».

Les griefs énumérés par les auteurs sont nombreux : opacité des négociations ou simulacre de consultation populaire, inquiétante importation juridique du « living agreement » qui permet de faire évoluer le traité même après ratification, inquiétude marquée pour l’évolution des normes sanitaires et phytosanitaires, dynamitage du mythe des deux millions d’emplois créés, report aux calendes grecques de la transition énergétique pour mieux se vautrer dans les énergies fossiles, possibilités pour les multinationales de poursuivre des décisions d’Etats s’opposant à leurs intérêts (c’est déjà le cas via d’autres traités multinationaux en application dans le monde).

Bref, un livre clair, dynamique et instructif, où les partisans d’une économie de marché débridée ne trouveront pas leur compte d’adrénaline. Un petit livre dans lequel le citoyen curieux qui entend parler du TAFTA sans savoir vraiment de quoi il retourne trouvera de bonnes questions et des motifs pour rester méfiant à l’égard de cet « accord du plus fort ».

Florence GENESTIER

« TAFTA, l’accord du plus fort » Thomas Porcher et Frédéric Farah, 6,90 € aux éditions Max Milo. A noter que Thomas Porcher avait déjà publié chez Max Milo en 2013 « Le mirage du gaz de schiste »

 

EXTRAITS

« Dans ces conditions, où, en Europe comme aux Etats-Unis, l’Etat s’est donné comme mission non plus de contenir le marché mais d’accroître ses forces, il est clair que les intérêts des industries vont être au cœur des négociations et que les lobbies industriels vont façonner ce traité. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : par exemple l’organisation financière compte 700 organisations de lobbying au niveau européen et dépense 123 millions d’euros par an quand les ONG ou associations de consommateurs ne disposent que d’un budget de quatre millions »

« A en croire ses promoteurs, le traité permettrait donc « ce rapprochement des normes «  qui bénéficierait aux entreprises. Ce raisonnement relève d’une grande naïveté car il n’y aura pas de rapprochement mais un ajustement des normes de l’une des deux parties, c’est-à-dire que les entreprises de l’une vont devoir s’ajuster aux normes de l’autre et que les coûts d’ajustement vont être uniquement supportés par l’une des deux parties »

« Dans les faits TAFTA est moins une opposition entre les représentants des Etats-Unis et de l’Europe qu’une opposition entre les multinationales et les citoyens »

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