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Transition énergétique et faux changement

octobre 5, 2014

 



http://blogs.mediapart.fr/blog/thomas-porcheron
 

 

A l’heure où Nicolas Sarkozy retourne sa veste avec ardeur et se déclare favorable à l’exploitation du gaz du schiste sur le sol français, brandissant le sempiternel argument de l’emploi, et où Ségolène Royal, ministre de l’écologie, présente son projet de loi à l’Assemblée Nationale, qui définit les grands traits de la dite «transition», l’énergie fait de nouveau l’objet des débats les plus passionnés. Et pourtant, le problème fondamental auquel nos sociétés sont aujourd’hui confrontées est complètement éludé ; car face au dérèglement du climat, la pollution des eaux, la désertification croissante, la montée du niveau des océans, on se propose de changer de mode de production d’énergie, mais en aucun cas d’en consommer moins. Un entêtement symptomatique d’une société bien peu encline à revoir son fonctionnement et à remettre ses bases en question.Le projet de loi déposé par Madame Royal à la fin du mois de septembre à l’hémicycle révèle la stérilité du débat sur l’énergie en France. Il faut produire autrement, mais produire autant. Le titre 1 énonce les principes peu ambitieux de la réforme : « Lutter contre le dérèglement climatique et réduire la facture énergétique de la France par la transformation du modèle énergétique national ». Traduisez : miser sur le potentiel des énergies renouvelables, et sous-entendu, baisser la part de l’énergie nucléaire dans la production nationale ; il faut bien tenir quelques promesses de temps en temps. Ces énergies renouvelables, comme les éoliennes, les panneaux solaires, ou la biomasse, sont encore peu développées sur le territoire (12 % de l’électricité), et ne constituent qu’une quantité mineure de notre production, et si elles connaissent un gain d’intérêt de nos jours, à l’image du parc éolien de la baie de Saint-Brieuc, dont la construction commencera dès l’année prochaine, leur rendement est toujours largement insuffisant au vu de la demande. D’autant plus que celle-ci risque fort d’augmenter. Non pas que « Winter is coming » encore une fois. Ségolène Royale compte renouveler le parc automobile des entreprises d’État (SNCF, la poste,…) et le remplacer par des véhicules… électriques. Mais surtout, la loi projette d’en créer sept millions d’ici 2030, de quoi faire croître plus encore l’irréductible dépendance à l’électricité de notre pays. Tir manqué. Et si on ajoute que la fabrication d’une seul voiture électrique nécessite huit mille fois plus de lithium qu’un téléphone portable, c’est carrément le suicide.

Pourtant, ce n’est pas là que réside le nœud du problème. Le bon sens veut que lorsque l’on est confronté à une difficulté, on choisisse la solution la plus simple. « Le climat connaît un dérèglement affolant de fait des émissions de gaz à effet de serre ». Tel est le problème. « Réduisons nos émissions de gaz à effet de serre ». Telle est la solution. Ensuite, « Comment les réduire ? » C’est là que tout se complique. Le même bon sens voudrait que l’on réplique :« En baissant notre consommation d’énergie, principal facteur de ces émission ». Mais non. La logique est biaisée. La peur du sacrifice nous entraîne à refuser la ligne droite et à s’aventurer dans un dangereux labyrinthe, alors que le temps est compté. Les accablants rapports du GIEC, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, nous le rappellent tous les six mois, comme réveil douloureux pour une société placée sous anesthésie. Apporter à une crise inouïe une seule réponse, à savoir un simple changement progressif de la production d’énergie sur notre seul territoire, c’est restreindre le débat à des enjeux secondaires. Et lorsque les glaces de l’Arctique et de l’Antarctique fondent à une vitesse vertigineuse, que la pluie vient à manquer dans certaines régions du monde, que les océans grimpent les centimètres comme des petites marches, une telle paresse intellectuelle n’est plus envisageable. Les illusions non plus : la société de consommation est LA cause de la destruction de notre planète. Elle vit sur l’exploitation sans limites de ressources limitées, les flux qu’elle entraîne atteignent à un niveau intenable. Son moteur, c’est la croissance. Le toujours plus. L’hybris exponentiel.

C’est cette même croissance qui revient sans cesse dans le texte du projet de loi, joyeusement teinté de couleur verte. Mais ce n’est pas parce qu’on ressemble à Cetelem qu’on fait du Cetelem. La « croissance verte », superbe exemple d’oxymore. L’absurdité a pris forme.

Il est amusant, à cet égard, de comparer le dire et le faire. « Lutter contre le dérèglement climatique » d’un côté, mais signer un accord transatlantique de l’autre, qui doperait « la croissance » et les échanges entre États-Unis et Europe, augmentant les flux de marchandise, le trafic maritime et routier, et donc l’utilisation de carburants issus d’énergie fossiles, ainsi que l’activité industrielle (fabrication, exploitation de matières premières, acheminement,…). Mais tout cela ne dégage pas de gaz à effet de serre, bien entendu.

Se prétendre « fervent défenseur de la planète » tout en exaltant les bienfaits de la croissance et de la consommation, cela relève purement et simplement de la tartufferie. L’enjeu, maintenant, est de changer totalement de mode de vie. Le rêve de prospérité et de confort toujours plus grand a assez duré. Il semble bien que le réel nous aie rattrapé, et qu’il nous mette à l’épreuve. Il faut oser le sacrifice, au risque de tout perdre. Un grand homme a dit un jour à propos d’un autre « à force de vouloir trop embrasser, il a fini par ne rien étreindre ». Souhaitons ne pas connaître le même destin.

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