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30 millions d’emplois en jeu avec les gaz de schiste en Europe

juillet 25, 2014
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Bilan, le principal magazine économique de Suisse romande communique dans son dernier mensuel :

30 millions d’emplois en jeu avec les gaz de schiste en Europe

Images : Jeff Pachoud, Karen Bleier, Andrew Burton/AFP
25 Juillet 2014

Par Matthieu Hoffstetter L’Europe pourrait perdre près de 30 millions d’emplois si la plupart des pays du continent persistent à renoncer à l’exploitation des gaz de schiste, selon plusieurs responsables et analystes du secteur.

EnergieEn dehors du Royaume-Uni, l’Europe occidentale semble adopter la même réponse négative quant à l’exploitation des gaz de schiste: explorations et mesures autorisées mais exploitation interdite, en raison des risques environnementaux que fait peser la technique d’exploitation la plus courante actuellement, dite de fracturation hydraulique. Sous la pression des défenseurs de l’environnement et des partis écologistes, les plus grandes puissances économiques (hormis le Royaume-Uni) interdisent les forages autres qu’exploratoires.

Pour leurs partisans, les gaz de schiste présentent toutefois de nombreux et importants avantages: énergie bon marché, baisse de la dépendance énergétique vis-à-vis des puissances pétrolières et gazières traditionnelles (Russie, Iran, Qatar, Algérie) et créations d’emplois. Ils se basent notamment sur l’exemple américain: au plus fort de la crise économique, en 2008-2009, la première puissance mondiale a pu compter sur ses forages en hydrocarbures non conventionnels pour relancer la machine. L’institut IHS Global Insight a estimé à 600’000 emplois directs le poids des gaz de schiste en 2010 pour les seuls USA. Et ce chiffre pourrait, selon les mêmes analystes, grimper à 870’000 à l’horizon 2015.

Des délocalisations à prévoir

Mais l’extraction des gaz de schiste et la production d’énergie sur cette base peuvent aussi générer des emplois indirects. Fatih Birol, économiste en chef de l’Agence internationale de l’énergie, a récemment affirmé lors d’une conférence à Londres que l’Europe mettait en péril près de 30 millions d’emplois, directs, indirects et induits, par son refus de s’engager sur la voie des gaz de schiste. Selon lui, en plus des places de travail qui pourraient être directement créées dans l’extraction, la transformation et la distribution de ces hydrocarbures, ce sont aussi des délocalisations qui sont à prévoir. «De nombreuses entreprises de la pétrochimie sont sur le point de quitter l’Europe» pour profiter de la croissance énergétique américaine, affirme-t-il, citant des secteurs comme la production de plastiques, les engrais, l’aluminium ou encore de vastes secteurs de la chimie.

Un risque envisagé depuis plusieurs mois par le gouvernement britannique et qui a motivé son choix atypique en Europe d’autoriser les forages: «Si nous n’adoptons pas cette technologie, nous manquerons une occasion majeure d’alléger les factures des familles et de gagner en compétitivité», affirmait ainsi le premier ministre David Cameron à l’été 2013.

Alain Juillet, président de l’Académie de l’intelligence économique et auteur de plusieurs analyses sur les marchés de l’énergie, abonde en ce sens: «Pour chaque énergie, il y a des avantages et des inconvénients, mais en refusant idéologiquement d’exploiter les gaz de schiste, l’Europe se met dans une situation très inconfortable. Une croissance pénalisée par le refus de créer des emplois dans ce domaine et de baisser les coûts des énergies pour les entreprises. Mais aussi une dépendance vis-à-vis des pays producteurs, comme la Russie, l’Algérie ou les pays du Golfe, voire de la Caspienne, alors même que des tensions politiques persistent régulièrement entre ces pays».

Exportations de charbon américain vers l’Allemagne

Selon lui, la transition énergétique vers un modèle moins dépendant du pétrole ne peut pas se faire seulement sur la base des énergies renouvelables: «Les gaz de schiste permettraient de réduire la dépendance de l’Europe tout en dégageant des marges de croissance à coûts raisonnables. Car l’Europe, par son refus, finance actuellement la croissance des pays producteurs, y compris les Etats-Unis, qui exportent leur charbon très polluant vers les centrales allemandes relancées par l’arrêt du nucléaire».

Un impact contesté par d’autres observateurs. Ainsi, Thomas Spencer, directeur du programme climat de l’Institut du développement durable et des relations internationales, et auteur d’une étude sur l’impact des hydrocarbures américains sur l’économie européenne, estime que «la révolution des gaz et pétrole de schiste aux Etats-Unis reste marginale (…): son effet à long terme sur le niveau du PIB du pays (et non son taux de croissance annuel) sera d’environ 0,84% entre 2012 et 2035. Soit moins de 0,04% de croissance supplémentaire par an». Pour lui, plus que le coût d’extraction et de production des hydrocarbures non conventionnels, c’est la faiblesse du dollar par rapport au yuan et à l’euro qui explique la compétitivité américaine actuelle.

Son propos s’appuie notamment sur une étude publiée en septembre 2013 par l’Université de Stanford, sur la base d’études réalisées par 50 experts en énergies et en économie et qui relativise l’impact de l’extraction des gaz de schiste dans l’économie américaine.

La question de la densité et des coûts

Autre argument des opposants: les coûts d’extraction seraient très largement plus élevés en Europe qu’aux Etats-Unis et donc les gaz de schiste moins rentables. «En 2013, 45 000 puits de pétrole et de gaz ont été forés aux Etats-Unis, davantage que l’ensemble des forages dans le reste du monde. La France ne pourra jamais avoir une telle approche productiviste, ne serait-ce que parce que la densité de population y est nettement plus élevée», assurait Thomas Porcher, spécialiste des marchés de l’énergie et professeur à l’ESG Management School, au magazine français L’Expansion voici quelques semaines. Le département du Gard, pourtant pas le plus peuplé des secteurs français où des réserves de gaz souterraines ont été repérées, présente une densité de 123 habitants par km2 contre 4 habitants au Dakota, où les gisements de gaz de schiste sont largement exploités.

Les experts les plus sceptiques sur les gaz de schiste reconnaissent toutefois que certains secteurs de l’économie, en particulier la pétrochimie, pourraient voir un fossé se creuser entre les rentabilités et compétitivités des entreprises américaines et européennes. Mais l’importance de cet impact sur l’économie des deux côtés de l’Atlantique reste sujet à débat.

http://www.bilan.ch/economie-plus-de-redaction/30-millions-demplois-jeu-gaz-de-schistes-europe

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