Skip to content

Qui a peur de la fracturation hydraulique?

juillet 20, 2014
by

18 juillet 2014 23h28 | Actualités internationales
Antoine Dion-Ortega à Neuquén, Argentine
Pierrick Blin

Contrairement au Québec, qui n’a même pas d’expérience dans la production conventionnelle, la province de Neuquén comptait sur plus d’un siècle d’histoire pétrolière lorsqu’elle s’est lancée dans le non conventionnel. « Cent ans d’histoire, ça te donne quelque chose : une connaissance du bassin, une géologie étudiée, des géologues, ingénieurs et techniciens qui s’y connaissent », affirme Adolfo Giusiano, directeur des études en hydrocarbures de la province.

Le shale de Vaca Muerta lui-même était déjà connu des géologues. « Déjà, en 1983, une société qui le traversait souvent s’est rendu compte qu’il y avait du pétrole »,dit M. Giusiano. Simplement, il était alors plus rentable d’exploiter des réservoirs conventionnels.

La fracturation hydraulique non plus n’est guère nouvelle en Argentine. « On entend dire que c’est une technique expérimentale, alors qu’elle a près de 70 ans ! », dit Vladimir Cares, ingénieur pétrolier à l’Université de Comahue. La technique, utilisée pour la première fois en 1947 en Arkansas, a longtemps servi à stimuler des puits conventionnels. En Argentine, elle est introduite dès 1959 par Halliburton. Si les premières fracturations dans les shales débutent dans les années 1980 aux États-Unis, c’est vraiment son association avec le forage horizontal qui déclenche, en 2002, ce qu’on a parfois qualifié de « révolution du gaz de schiste ».

Depuis quelques années, on connaît mieux les risques propres au fracking, qui ne sont pas toujours ceux que l’on prétend. Par exemple, il est plus qu’improbable que les fractures, qui s’éloignent du puits sur quelques centaines de mètres tout au plus, en arrivent à contaminer les nappes phréatiques situées sous la surface. « Les risques sont extrêmement bas, presque nuls,dit M. Cares. Il y a deux kilomètres de distance qui séparent le shale des nappes, et entre les deux, vous trouvez d’autres formations imperméables. » En 2012, la très sérieuse Académie royale d’ingénierie, au Royaume-Uni, avait elle aussi exclu cette possibilité.

Le cas le mieux connu de contamination d’eaux souterraines — survenu en 2011 à Pavillion, au Wyoming — résultait en fait d’une mauvaise cimentation de puits. Pour M. Cares, c’est là-haut qu’il faut regarder. « Les principaux risques concernent la perforation, la tuyauterie, la cimentation du puits », dit-il. Or ces risques ne sont pas propres au fracking, mais à n’importe quel puits.

Autre risque : en plus des traditionnelles eaux de formation, salines et riches en minéraux, les sociétés doivent gérer leur propre flowback — le reflux à la surface des fluides qu’elles ont elles-mêmes injectés à haute pression pour fracturer le shale. Selon le type de roche, cette opération peut nécessiter de 6500 à 30 000 mètres cubes d’eau, auxquels sont ajoutés des agents de soutènement — souvent du sable — et des additifs chimiques. Or, entre 25 et 75 % de ce mélange toxique remonte à la surface lors de la dépressurisation du puits, accompagné des eaux de formation et de méthane. « Ce sont ces eaux de retour qui me préoccupent le plus, s’interroge l’ingénieur pétrolier Santiago Benotti. La grande majorité des travailleurs de l’industrie n’ont aucune idée de ce que l’on fait de ces résidus. »

Le flowback est éventuellement enfoui dans les profondeurs de la terre. « Ce sont des milliers de mètres cubes qui sont injectés des couches géologiques que nous ne connaissons pas bien et qui relèvent du secret industriel », dit M. Benotti. « Personne ne sait ce qui adviendra de ces liquides sous pression. »

Publicités
No comments yet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :