Skip to content

Exploiter les gaz de schiste ? Le cas de la Grande-Bretagne

juin 12, 2013

Les gaz de schiste pourraient accroître de moitié les réserves mondiales de gaz naturel encore disponibles, selon un rapport publié hier par Washington.

Une confirmation : la France serait avec la Pologne le pays le mieux loti en Europe, grâce à des réserves exploitables désormais estimées à quelque 3 800 milliards de mètres cube (même si l’administration Obama a revu fortement à la baisse son hypothèse précédente).

C’est la Grande-Bretagne qui se trouve toutefois la plus proche d’un lancement de l’exploitation des gaz de schiste parmi les puissances économiques européennes ; ce n’est ni la France, dont le gouvernement tient bon dans son rejet, ni l’Allemagne, où le pouvoir politique et les industriels semblent se contenter pour l’heure de préparer le terrain.

Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, en 2010 à la BBC : « Vous avez pris ce pétrole de la mer du Nord, et vous avez très bien vécu durant cette période parce que vous viviez au-dessus de vos moyens. » (D.R.)

 

Outre-Manche, malgré une opinion publique non moins hostile qu’en France, le gouvernement conservateur de David Cameron veut tenter de réproduire le boom américain des gaz de schiste. Le ministre des finances britannique doit  accorder dès cette année des déductions fiscales aux compagnies de prospection. Il promet : « Les gaz de schiste font partie du futur, et nous allons encourager leur développement. »

Faut comprendre. Il y a dix ans encore, la Grande-Bretagne figurait parmi les producteurs d’hydrocarbures de tout premier plan, grâce aux champs exploités depuis les années 1970 en mer du Nord. The harder they come, the harder they fall. Désormais, la production de pétrole et de gaz de ces champs est en chute libre, faute de réserves suffisantes encore exploitables :

La Grande-Bretagne disposerait en revanche de ressources en gaz de schiste substantielles : peut-être 40 000 milliards de mètres cube, selon le British Geological Survey, l’organisme officiel britannique. Si l’on se fie à l’estimation fournie hier par Washington, les réserves exploitables se limiteraient cependant à 700 milliards de mètres cube (l’équivalent de quinze années de consommation actuelle des Britanniques). Il faut s’étonner d’autant moins d’un tel écart que l’évaluation des réserves reste hypothétique. Très peu de forages exploratoires ont été entrepris pour l’heure dans le Nord de l’Angleterre, là où se concentrent les recherches.

Quel que soit leur volume réel, les réserves de gaz de schiste piégées dans le sous-sol anglais sont terriblement alléchantes. En mer du Nord, la Grande-Bretagne ne dispose plus que de 200 milliards de mètres cube de gaz naturel conventionnel, selon BP : trois fois moins que la fourchette basse des réserves potentielles de gaz de schiste.

Avec le gaz de schiste, les Britanniques tiennent la chance de compenser peut-être le déclin de la mer du Nord.

Mais doivent-ils l’exploiter ?

Le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz a réagi au déclin rapide de la mer du Nord en estimant que la Grande-Bretagne a « gâché » ses ressources d’hydrocarbure. En 2010, il remarquait au micro de la BBC (attention, c’est affreusement trivial) :

« Le pétrole est un capital sous la terre, et si vous prenez ce capital sous la terre et que vous le dépensez, vous êtes pauvres. C’est comme tout capital : vous vivez au-dessus de vos moyens et vivre au-dessus de ses moyens, ce n’est pas soutenable.

Vous [les Britanniques] avez dilapidé cette richesse, vous avez pris ce pétrole de la mer du Nord, et vous avez très bien vécu durant cette période parce que vous viviez au-dessus de vos moyens.

Vous avez pris le succès de l’ère Thatcher pour un succès reposant sur une bonne politique économique, alors qu’en fait ce succès consistait à vivre au-dessus de vos moyens, et à laisser les générations futures appauvries. »

Les ressources en énergie ont été jusqu’ici le facteur à la fois nécessaire et limitant de toute croissance économique (les conséquences de cette évidence oblitérée ont été explorées sur ce blog ici ou encore , et nous y reviendrons encore souvent, in cha’ Allah).

Un haut dirigeant du groupe industriel Veolia m’a confié récemment un point de vue similaire à celui de Joseph Stiglitz, au sujet des gaz de schiste en France : « Si les réserves sont importantes, alors il faut les conserver jusqu’à ce que nous en ayons vraiment besoin, leur valeur n’en sera que plus grande », dit ce responsable de la multinationale de l’eau, pour laquelle la fracturation hydraulique des gaz de schiste représente pourtant un marché potentiel juteux.

Elargissons :

– nous avons consumé en 150 ans environ la moitié des réserves exploitables de pétrole ;

– dans moins de 50 ans, il n’y aura plus de pétrole à exploiter, selon la banque globale HSBC ;

– si nous ne voulons pas bouleverser irrémédiablement le climat et les conditions de la vie sur Terre, il nous faut laisser sous terre 80 % des réserves encore disponibles de pétrole, de gaz et de charbon ;

last but not least for us here, l’inéluctable augmentation des prix de l’énergie va mettre le mode de vie occidental en danger, prévient un rapport du ministère de la Défense britannique publié au début de l’année, rejoignant les analyses alarmantes déjà fournies par l’armée américaine et par l’armée allemande, et commentées ici.

Sommes-nous des criquets affamés ?

 

L’information n’est pas gratuite, je suis journaliste indépendant. Si vous souhaitez soutenir mon travail, cliquez ici :

Publicités
No comments yet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :