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Des forages avec fracturation ont eu lieu en Seine-et-Marne

février 20, 2011
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Montpellier Journa, le Mercredi 9 février 2011

http://www.montpellier-journal.fr/2011/02/gaz-de-schiste-des-forages-avec-fracturation-ont-eu-lieu-en-seine-et-marne.html

Ce qui se déroule actuellement en Ile de France permet d’y voir plus clair sur des technologies très décriées qui pourraient être utilisées dans le sud de la France. Pour l’instant ces travaux seraient suspendus du fait de la décision de Nathalie Kosciusko-Morizet de lancer une mission d’information sur le sujet suite à une forte mobilisation citoyenne et politique. Montpellier journal publie deux arrêtés préfectoraux concernant des forages d’exploration à Doue et Champotran (à l’est de Paris) menés respectivement par les entreprises Toreador et Vermilion pour de l’huile de schiste. Ils donnent des indications sur les procédures d’autorisation de travaux. Par ailleurs, une conférence sur le gaz de schiste est prévue à Montpellier vendredi 11 février.

Dernière page de la présentation de l'entreprise Toreador au séminaire Enercom de Denver le 25 août 2011

Dans cet article, vous allez lire des informations que vous n’aurez pas lues ailleurs. Pensez à faire un don à Montpellier journal s’il vous a intéressé.

Total, tout le monde connaît. Mais Vermilion ? L’entreprise canadienne est pourtant le premier producteur de pétrole sur le sol français. Elle est basée dans les Landes près des gisements aquitains d’hydrocarbures. Quel rapport avec le sud de la France ? La fracturation hydraulique. C’est-à-dire la technologie qui mobilise les citoyens, les militants et les politiques contre elle. C’est elle qui est utilisée pour extraire du gaz de schiste pour lequel des permis d’exploration ont été attribués sur une zone qui va de Montélimar à Montpellier et à Mende.

Vermilion la plus avancée
Alors que dans le sud, aucune opération de forage n’a encore eu lieu, en Seine-et-Marne, les entreprises pétrolières ont commencé les travaux. La plus avancée est sans doute Vermilion sur sa concession d’exploitation de Champotran. Sur des puits existants, forés dans les années 80, l’entreprise a procédé l’an passé à deux opérations de fracturation hydraulique dont l’administration a été informée et pour laquelle la préfecture de Seine-et-Marne a émis un « arrêté préfectoral de mise à niveau » (puisqu’il s’agit de puits existants). L’objectif n’est pas de trouver du gaz mais du pétrole (huile de schiste).

Montpellier journal en a profité pour questionner l’entreprise à propos des préoccupations liées à la fracturation hydraulique. Les risques de fuites dans l’aquifère ? Les techniques de forage, éprouvées sur de nombreux puits conventionnels, font en sorte d’isoler parfaitement le puits des couches traversées. L’eau additionnée de produits chimiques ? Elle est « réinjectée dans le gisement de pétrole là où il y a déjà des hydrocarbures » comme cela se fait lors de forages classiques en « soutien de pression », explique Pantxika Etcheverry, responsable études chez Vermilion. Risque-t-il d’y avoir un nombre important de puits au km2 ? « Nous ne voyons pas le besoin de plateformes ou de groupes de puits qui auraient une concentration supérieure à celle que nous avons déjà dans nos champs conventionnels », répond Peter Sider, vice-président Europe de Vermilion.

Quantités d’eau utilisées
En revanche, là où l’entreprise a le plus de mal à rassurer, c’est sur les quantités d’eau utilisées. « Il faut regarder l’impact à l’échelle de la ressource globale parce qu’il y a d’autres usages de cette eau potable pour l’irrigation, d’autres industries, avance Pantxika Etcheverry. Nous, on essaye de trouver des solutions de remplacement parce qu’en tant qu’opérateur responsable, nous devons voir s’il n’y a pas de solution alternative. » Et de souligner une réduction de la consommation ces dernières années suite à une « optimisation de nos process » et des études en cours visant à étudier l’eau salée, présente en profondeur, à la place de l’eau douce.

Reste à savoir les quantités qui seront nécessaires en cas d’exploitation intensive de ces potentiels gisements non conventionnels. D’autant que, selon Vermilion, sept autre permis d’exploration sont en cours d’instruction. Sans compter ceux de ses concurrents. Pour l’instant, dans son article 11, l’arrêté préfectoral prévoyait un « prélèvement d’eau annuel maximal dans le milieu de 220 000 m3 jusqu’en 2010 puis 145 000 m3″ dans les aquifères des « Calcaires de Saint-Ouen » et des « Calcaires de Campigny ».

Confronter les pratiques et les points de vue
La question de la réinjection de l’eau, fait aussi débat. Le sujet, on l’a vu, a été évoqué par des scientifiques montpelliérains. Il l’a aussi été au Canada par Marc Durand, ancien enseignant à l’université du Québec à Montréal cité par cyberpresse.ca (8/02). « Si on modifie la perméabilité des couches et qu’en plus, on augmente la pression en profondeur, ça change complètement tout. L’eau saline va trouver des chemins, en plus de tout ce qu’ils auront injecté et qui n’aura pas été repompé, donc qui circulera aussi. » Selon lui, les risques doivent s’évaluer à une échéance de « 50 ans, 200 ans ». Évidemment, ce raisonnement ne s’applique pas nécessairement au sous-sol de l’Ile de France ou à celui du sud de la France mais, compte tenu des craintes venues des États-unis -via notamment le documentaire Gasland –  il sera peut-être utile de confronter les pratiques et les points de vue des entreprises sur ces questions avec ceux de scientifiques indépendants.

La mission lancée par la ministre de l’écologie et son collègue de l’industrie permettra peut-être de le faire. La lettre et le communiqué de presse correspondants ont été diffusés en fin de semaine dernière pour expliquer l’objectif de cette mission qui est notamment d’approfondir les « enjeux sociétaux et environnementaux ». Ces documents évoquent aussi explicitement la question de l’huile de schiste. Un rapport d’étape est demandé pour le 15 avril et le rapport final avant le 31 mai 2011.

Travaux suspendus
Le communiqué de presse ne reprend pas explicitement l’engagement de la ministre qui avait déclaré mercredi 2 à l’Assemblée : « Aucune autorisation de travaux sur le gaz de schiste ne sera donnée ni même instruite avant le résultat de cette mission. » Le document précise simplement : « Les ministres réuniront prochainement les entreprises disposant d’un permis de recherche afin d’examiner avec eux les calendriers industriels et leurs compatibilités avec les travaux de la mission. » On notera également que la ministre n’a parlé que des « travaux sur le gaz de schiste » et pas ceux concernant l’huile de schiste. Chez Vermilion, on indique que les travaux sont pour l’instant suspendus et Peter Sider précise qu’il doit participer à une réunion au ministère demain (jeudi 10).

Toreador est un autre acteur de l’exploration d’huile de schiste en région parisienne. Contrairement à Vermilion, il n’a pas donné suite à notre demande d’interview malgré une relance. Il n’en est pas pour autant moins actif et moins intéressé par le bassin parisien (voir illustration). Témoin ce forage à Doue (Seine-et-Marne, permis de Château-Thierry) qui a débuté en janvier, autorisé par arrêté préfectoral (1) et supervisé par Hess oil France, partenaire de Toreador. Michel Van den Bogaard en charge de l’instruction à la Driee (2) précise à Montpellier journal que « deux autres puits du même type ont fait l’objet d’un arrêté équivalent sur ce même permis de Chateau-Thierry en Seine-et-Marne ». Soulignons que, pour l’instant, il n’est pas question de fracturation mais juste de forages verticaux puis horizontaux. Selon Michel Van den Bogaard, si fracturations il devait y avoir, de nouvelles instructions auraient alors lieu par les services de l’État. Toreador annonce, dans un communiqué du 1er février, le forage d’un total de six puits d’ici fin 2011. L’étape suivante, si les essais sont concluants, pourrait bien être la fracturation même si l’entreprise semble se faire très discrète sur la question tout en communiquant régulièrement à destination des marchés financiers.

Levée de boucliers
Du côté des politiques, ce n’est pas l’enthousiasme. C’est plutôt une levée de boucliers. Jean-Paul Huchon, le président de la région Ile-de-France,  a écrit au préfet de région le 4 février pour lui demander « l’ensemble des information en [sa] possession » concernant les projets sur le territoire francilien. Et aussi « qu’avant toute exploration du sous-sol se tienne un débat public ». La région Picardie, voisine de la Seine-et-Marne, a voté vendredi une délibération à l’unanimité. Le conseil régional a décidé « de s’opposer par tous les moyens [sic !] à l’exploitation du « gaz/pétrole de schiste » sur le territoire picard et notamment d’exiger dans l’immédiat un moratoire sur la prospection. De demander l’organisation d’un débat public, la réalisation d’études sur les impacts d’une telle exploitation […]« . Ces prises de position s’ajoutent à celle des régions Rhône-Alpes et Midi-Pyrénées. Du côté de la région Languedoc-Roussillon, c’est toujours le silence radio.

« Ce qui est rentable pour des multinationales
ne l’est pas toujours pour la planète »
(Quatre présidents de conseils généraux)

Plus près de chez nous, les conseils généraux de l’Ardèche, de la Drôme, du Gard et de l’Hérault annoncent dans un communiqué commun (reçu par Montpellier journal via le CG34) leur intention de mutualiser leurs actions : « Recours à une assistance juridique commune destinée à étudier les procédures juridiques à engager […] saisine de la Commission nationale du débat public (CNDP) afin que soit organisé un vrai débat indépendant et transparent sur l’opportunité de l’exploitation des gaz de schiste en France, […] proposition de révision du code minier afin de renforcer la protection des populations résidentes et des propriétaires, ainsi que la prise en compte des enjeux environnementaux. » Et les quatre présidents des conseils généraux de s’exclamer : « Nous avons la conviction que ce qui est rentable pour des multinationales ne l’est pas toujours pour la planète et ceux qui y vivent, qui plus est dans des départements agricoles, touristiques et préservés ! »

Notons enfin qu’une conférence est organisée vendredi 11 février à Montpellier par Les Amis du Monde diplomatique. : « L’exploitation des gaz de schistes, une terreur pour l’eau potable. Des dizaines de milliers de km2 et des millions de m3 d’eau potable sont en jeu. » Sont annoncés, André Cicolella chercheur spécialiste de l’évaluation des risques sanitaires et Fabrice Nicolino, journaliste spécialisé en environnement (Le Canard enchaîné, notamment), un des premiers journalistes (avec Hervé Kempf) à avoir alerté sur le gaz de schiste. 20h, salon du Belvédère du Corum (accès par le toit du Corum).

► Lire aussi :

________
(1) Il s’agit en fait d’un « donné acte » d’une déclaration de l’entreprise. Montpellier journal a demandé à la Driee le dossier de déclaration fourni par l’entreprise, sans succès pour l’instant. La même demande a été faite par Jean-Paul Huchon au préfet de région. Voir plus loin.
(2) Direction régionale et interdépartementale de l’environnement et de l’énergie d’Ile de France.

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