Le gaz de schiste arménien intéresse les investisseurs américains

La société International Minerals and Mines (IMM) s’est engagée, mercredi 3 août, à explorer les gisements inexploités de gaz de schiste de l’Arménie.
Un haut dirigeant de l’entreprise a ainsi signé un protocole d’entente avec le ministre de l’Energie Armen Movsisian à Erevan.
Cette signature intervient deux mois après un accord similaire signé par les gouvernements arménien et américain. Ce dernier appelle à « une évaluation coopérative et à des études techniques » des ressources de gaz de schiste en Arménie qui seront menées par le ministère d’A. Movsisian et l’agence américaine d’études géologiques.
Dans un communiqué, le gouvernement arménien a déclaré que l’IMM a pour projet « d’explorer et de développer pleinement les réserves de gaz de schiste existant dans notre pays ». Il annoncé que la compagnie effectuera ces opérations via l’IMM Energy Armenia, l’une de ses filiales récemment créée.
Le communiqué ne précise pas les délais ou les détails des travaux exploratoires. Le Premier ministre, Tigran Sarkissian, a assisté à la cérémonie de signature, en soulignant l’importance de l’accord.
Selon les documents d’entreprise disponibles sur Internet, l’IMM et l’IMM Energy Armenia ont été enregistrés le 16 juin sur l’île de Man, un paradis fiscal britannique.
Un mémorandum arméno-américain sur l’exploitation du gaz de schiste a également été signé en juin. Le ministère arménien de l’Energie et des Ressources naturelles a affirmé à l’époque que les deux parties évalueraient non seulement la faisabilité de l’exploitation en Arménie mais concevraient peut-être des « projets d’investissement » dans ce but.
Le ministère a ajouté que l’accord est le résultat d’une conférence internationale sur le gaz de schiste qui s’est tenue au Département d’Etat américain en août 2010. Il a indiqué que des responsables américains ont proposé des bourses d’exploration à des représentants du gouvernement arménien et à une vingtaine d’autres pays qui ont assisté à l’événement.
« Les organisateurs… ont noté la volonté du gouvernement et des entreprises américains à réaliser des investissements dans ces pays », souligne un communiqué du ministère publié le 2 juin.
Le gaz de schiste est devenu une source importante de gaz naturel aux États-Unis au cours des dix dernières années. Des industries gazières sont également apparues en Europe et en Chine.
Delphine Givord et Jean-Philippe Cavaillez, Publié le 15/03/2011, in Le Progrès
Alors que la polémique autour du gaz de schiste prend de l’ampleur, nous avons découvert que des permis d’exploration miniers avaient été délivrés sur la quasi-totalité du département. Officiellement pour du pétrole
Le Jura, nouvel eldorado des pétroliers ? Sur la carte de France des « périmètres des titres miniers d’hydrocarbures », cachée au fin fond du site internet du ministère de l’Écologie, le département n’est plus qu’une immense tache jaune, synonyme des prospections à grande échelle qui sont ou vont être menées dans nos sols par des sociétés pétrolières étrangères. Espèrent-elles trouver du schiste, dans le sous-sol particulièrement propice car calcaire du massif jurassien ? Nous avons mené l’enquête, et la réponse est « peut-être ». L’État, lui, répond par la négative. Officiellement, ces groupes ont obtenu des permis d’explorations miniers pour « rechercher du pétrole ou du gaz de houille ». Mais en pleine polémique sur le gaz de schiste, un gaz « non conventionnel » et les dégâts que son extraction engendre sur l’environnement, la question mérite d’être creusée. Ce n’est pas la première fois que les industriels pétroliers s’intéressent au sous-sol jurassien : dans les années 1970, un gisement de gaz avait été découvert sur le premier plateau et exploité pendant une trentaine d’années par la cimenterie du mont Rivel. Il y a deux ans, un projet avait été mené du côté de Macornay puis abandonné. Cette fois, ce sont des compagnies australiennes et anglo-saxonnes, connues pour exploiter, entre autres, du schiste sur plusieurs sites dans le monde, appelées European Gas Limited, Celtique Energie, Egdon et Realm qui se partagent plus de 10 000 km 2 sur le Jura et sa région, de l’Ain au Haut Doubs. Le dernier permis en date a été accordé à l’automne sur la région de Pontarlier.
Et tout cela sans que personne, ou presque, ne soit au courant, plus encore localement. Les Écologistes jurassiens suivent pour l’instant la mobilisation de loin, tout occupés qu’ils sont par la campagne pour les élections cantonales, mais commencent à s’en préoccuper sérieusement et envisagent des actions. « Pour l’instant, il n’y a aucune information, mais de l’intox, de la part des industriels comme des gouvernants !, tempête Bertrand Rio, au siège du mouvement de Corinne Lepage, « Cap 21 ». Sur le Jura, on n’a pas d’infos sérieuses pour le moment. Pourtant, une chose nous a interpellés : un article paru en Suisse, dans le journal « Le Matin » parlant d’un forage sous le lac Léman, qui faisait aussi état du Jura limitrophe. C’est complètement hallucinant : on découvre en permanence des trucs ; à Nîmes par exemple, il y a un puits qui tourne jour et nuit ! »
Comment savoir s’il y a « schiste sous roche » ? « Ceux qui mènent les explorations ne vont pas faire exploser le sous-sol, ils vont faire des carottages, explique Julie Poulhes de Breza, représentante de Cap 21 en Franche-Comté. Pour l’instant, personne n’a signalé avoir vu des machines en train de sonder. La difficulté, c’est qu’on ne sait pas où ils vont aller, les compagnies n’ont pas l’obligation de donner les coordonnées exactes. Et avec la polémique autour du schiste, ils vont certainement rester encore plus secrets. Mais il y a des indices : quand ils font des relevés dans les champs par exemple. Des convois de camions peuvent mettre la puce à l’oreille, les opérations nécessitant beaucoup de tubes. Il faudrait que tout le monde se mette en veille. » Nous avons tenté de joindre les compagnies pétrolières : aucune (à l’exception d’EGL, dont le patron est en ce moment en Asie) ne nous a répondu.
Aux Moussières, cœur de la prospection de Celtique Energie, même le maire, Jean-Marc Greninguey, ne sait pas exactement ce qui se passe sur sa commune. « On sait qu’ils se sont promenés à un moment, il y a un ou deux ans, et qu’ils cherchent du pétrole. Je n’ai pas d’info du tout, malheureusement ! De mémoire, on a reçu des courriers, furtivement, disant ‘‘on est sur votre commune’’. Même si je ne suis pas écolo à 100 %, on est quand même en plein parc naturel régional ! On a déjà eu assez de dégâts. L’ironie : lorsqu’on a lancé des études pour mettre des éoliennes, tout le monde était contre car ça se voyait trop dans le paysage. Sur ces forages-là, qui ne se voient pas mais ont d’autres conséquences, on sera peut-être tous d’accord pour les éoliennes ! »
Le schiste, une “nouvelle” énergie alternative déjà très controversée
La polémique autour du gaz de schiste a pris une tout autre ampleur ce week-end, avec le séisme au Japon et la menace nucléaire. En France, beaucoup ont entendu le mot « schiste » pour la première fois de leur vie il y a un mois. C’était le 26 février, en Ardèche, lors de la première manifestation des opposants, José Bové en tête, à cette forme de gaz naturel utilisée en particulier par les Etats-Unis depuis le début du XXIe siècle. La particularité du schiste, sous forme de gaz ou d’huile : la technique nécessaire à son extraction, nouvelle, délicate et qui causerait de lourds dégâts à l’environnement et à la santé. Une étude américaine, révélée il y a quelques semaines par le New York Times, conclu même à de la radioactivité. Pour extraire le schiste, entre 2 000 et 4 000 mètres sous terre, on utilise la technique dite de fracturation hydraulique, qui consiste à provoquer des failles à l’aide d’eau et de produits chimiques envoyés à très forte pression pour libérer le gaz et le pétrole pris dans la roche compacte. Un documentaire-choc, tourné en Amérique, est sorti sur le sujet schiste : « Gasland ». Les opposants français ont commencé à se mobiliser lorsque des forages de ce type ont été évoqués : en 2010, Jean-Louis Borloo a autorisé l’exploration du sous-sol français pour trouver de nouvelles ressources énergétiques. Nathalie Kosciusko-Morizet, actuelle ministre de l’Écologie, a missionné il y a quelques mois une commission d’évaluation des enjeux environnementaux qui rendra ses conclusions en juin et annoncé la suspension des permis de démarrer dans plusieurs départements comme l’Ardèche. Vendredi dernier, c’est le Premier ministre, François Fillon, qui a décidé de suspendre les forages jusqu’à la publication de ces résultats. Les associations réclament un moratoire.
Pétrole: l’OPEP est fini
Amy Myers Jaffe, Traduit par Bérengère Viennot. Publié le 19/08/2011, in Slate.fr
Avec les nouvelles technologies d’extraction, le Moyen-Orient est en train de perdre la main dans le secteur de la production de pétrole et de gaz. L’Amérique du nord va redevenir le centre du monde pour les hydrocarbures.
- Plateforme pétrolière dans le Golfe du Mexique Sean Gardner / Reuters -
Depuis un demi-siècle, le Moyen-Orient est le centre de gravité mondial de la fourniture d’énergie. Cet état de fait a naturellement eu d’immenses répercussions sur le monde dans lequel nous vivons – et il est sur le point de changer.
D’ici les années 2020, la capitale de l’énergie sera sans doute revenue dans l’hémisphère ouest, où elle était avant l’ascension dans les années 1960 des méga-fournisseurs du Moyen-Orient comme l’Arabie Saoudite ou le Koweït. Les raisons de ce déplacement sont en partie technologiques et en partie politiques. Les géologues savent depuis longtemps que les États-Unis regorgent d’hydrocarbures prisonniers de gisements offshores difficiles d’accès, de schiste, de sable bitumineux et de formations de brut lourd. Les États-Unis comptent plus de 2 000 milliards de barils de pétrole non conventionnel, le Canada 2 400 milliards et l’Amérique du Sud plus de 2 000 milliards – à comparer avec les ressources de pétrole conventionnel du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord qui se montent à 1 200 milliards de barils. Le problème a toujours été la manière de les exploiter tout en limitant les coûts.
Or, depuis le début des années 2000, le secteur de l’énergie a largement résolu le problème. Grâce au forage horizontal et à d’autres innovations, la production du gaz de schiste aux États-Unis est passée de quasiment rien à 15-20% de la production de gaz naturel américain en moins de dix ans. D’ici 2040, elle pourrait en représenter plus de la moitié. Cet immense changement de volume a complètement bouleversé les préoccupations de l’industrie du gaz naturel américain. Si autrefois sa capacité à répondre aux besoins en gaz naturel du pays inquiétait les Américains, aujourd’hui elle se demande comment trouver des acheteurs pour leur surplus.
La production pétrolière à terre des États-Unis, condamnée depuis vingt ans à un inexorable déclin à en croire les analystes, est sur le point de faire un come back inattendu. La production de pétrole à partir du schiste, processus techniquement complexe consistant à extraire des hydrocarbures des dépôts sédimentaires, commence à peine. Les spécialistes prédisent une production de rien moins que 1,5 million de barils par jour dans les prochaines années, rien que grâce aux ressources dormant sous les Grandes Plaines et le Texas – soit l’équivalent de 8% de la consommation actuelle des États-Unis. Un tel développement soulève la question de savoir ce que l’industrie énergétique américaine sera capable d’accomplir d’autre si les cours restent élevés et que la technologie continue de progresser. La reprise de l’exploitation de davantage de vieux puits pourrait aussi juguler des déclins amorcés. Et par-dessus le marché, les analystes prévoient 1 à 2 millions de barils par jour supplémentaires dans le golfe du Mexique, maintenant que le forage reprend. On est bien loin du pic de production pétrolier! Le fameux peak oil. (cette référence à l’éloignement du pic pétrolier évoqué dans l’article lié est toute spéculative. En effet aucune découverte à ce jour n’est venue modifier l’autre pic celui justement de la recherche et des découvertes. Notes du blogger Oly)
Les perspectives ailleurs en Amérique sont tout aussi prometteuses. On estime que le Brésil a la capacité d’extraire 2 millions de barils par jour grâce à ses réserves «pré-sel» en eaux profondes, qui sont des gisements de brut à plus de 1 500 mètres sous la surface de l’Atlantique, et qui jusqu’à il y a quelques années étaient technologiquement inaccessibles. Le sable bitumineux canadien, d’où l’on extrait le pétrole de sédiments bitumeux dans des puits ouverts, promet le même genre de richesses. Et la production de peut-être 3 à 7 millions de barils supplémentaires par jour est envisageable si le brut lourd in situ des États-Unis, ou kérogène, peut être produit industriellement c’est-à-dire en chauffant la roche pour permettre au pétrole qu’elle contient d’être pompé sous forme liquide.
Il ne fait aucun doute que ces développements s’opposent à de grands obstacles environnementaux. Mais le secteur commence à comprendre qu’il doit trouver un moyen de les franchir, en investissant dans des liquides de forage non toxiques, dans des techniques d’hydrofracturation moins invasives et dans de nouveaux processus de recyclage de l’eau, entre autres technologies, pour réduire l’impact environnemental du forage. Et à l’instar de l’industrie pétrolière américaine, la Chine assoiffée de pétrole a aussi reconnu le potentiel énergétique des Amériques, et investi des millions au Canada, aux États-Unis et en Amérique Latine.
Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, balayés par de récentes révolutions, seront bientôt confrontés à une vérité dérangeante sur leur propre héritage en énergies fossiles: les changements de gouvernement dans la région ont toujours entraîné des déclins abrupts et prolongés de la production pétrolière. La production libyenne n’a jamais retrouvé le niveau de 3,5 millions de barils par jour d’avant 1969, année où le colonel Kadhafi a renversé le roi Idris; elle est restée bloquée à moins de 2 millions de barils par jour pendant trente ans et aujourd’hui elle est pratiquement nulle. L’Iran, qui produisait plus de 6 millions de barils par jour à l’époque du shah, a vu sa production tomber abruptement à moins de 2 millions de barils par jour dans la période troublée qui a suivi la révolution islamique de 1979. Il n’a pas réussi à réellement se ressaisir dans les années 1980 et n’est remonté qu’à 4 millions ces dernières années. La production irakienne a elle aussi pâti des nombreuses années de troubles et stagne aujourd’hui à 2,7 millions de barils par jour, moins que les 3,5 millions d’avant l’accession de Saddam Hussein au pouvoir.
Le Printemps arabe tend à compliquer davantage la situation: une perturbation des exportations du Moyen-Orient dans le style de celle de 1979 n’est absolument pas impensable, tout comme des arrêts de travail ou des grèves d’ouvriers du pétrole contaminés par l’ambiance politique de la région. En tout, ce sont plus de 21 millions de barils par jour de production arabe qui sont en jeu – soit environ un quart de la demande mondiale. Le boom des Amériques devrait faire réfléchir les autocrates qui restent au Moyen-Orient: il signifie qu’ils ne pourront pas toujours compter sur une perpétuelle augmentation des cours du pétrole pour calmer les populations.
Ce nouvel ordre géopolitique dicté par les hydrocarbures est déjà en train de se mettre en place. La pétro-puissance de l’Iran, de la Russie et du Venezuela se heurte aux abondantes réserves en gaz naturel américain: un surplus de ressources en Amérique signifie que les autres fournisseurs vont devoir se démener pour trouver des clients en Europe et en Asie, ce qui, pour ces exportateurs, met en péril leur capacité à exercer une influence par le biais d’une «diplomatie» énergétique lourde. Le secteur énergétique américain est également susceptible de fournir à l’Europe et à la Chine l’assistance technique nécessaire pour leur permettre de puiser dans leurs propres ressources non-conventionnelles, sabordant leur nécessité de faire des courbettes à Moscou ou aux pays du Golfe persique. Alors restez aux aguets: l’Amérique pourrait bien reprendre sa place dans le peloton de tête des pays qui comptent dans le domaine de l’énergie.
Olivier Gantois, délégué général de l’Ufip (Union Française des Industries Pétrolières), et Bruno Ageorges, secrétaire général de la chambre syndicale de l’exploration production (CSEP) évoquent les conséquences de la loi sur le gaz de schiste promulguée en juillet dernier, sur la filière et les éventuelles alternatives à la technique de la fracturation hydraulique, désormais interdite en France.
Plus d’un mois après la promulgation de la loi interdisant la technique par fracturation hydraulique, quel est l’avenir de la filière du gaz de schiste en France ?
Olivier Gantois - A court terme, les pouvoirs publics doivent dérouler le processus prévu dans la loi. Concrètement, le Bureau Exploration-Production des Hydrocarbures (BEPH) a demandé aux détenteurs de permis d’exploration en France de lui remettre un rapport d’ici le 13 septembre, et l’Etat aura un mois, c’est-à-dire jusqu’au 13 octobre, pour publier au JO la liste des permis abrogés. Les opérateurs en question doivent expliquer le programme d’exploration qu’ils comptent mettre en œuvre, sans utiliser la technique de la fracturation hydraulique.
Justement, au cœur de la polémique sur le gaz de schiste, c’est bien la technique de fracturation hydraulique qui pose problème, existe-t-il des alternatives crédibles ?
Olivier Gantois - Il existe d’autres techniques qui permettent d’acquérir de la connaissance sur la nature du sous-sol. Il n’est donc pas du tout impossible que certains opérateurs proposent des techniques alternatives, pour ceux qui avaient prévu d’utiliser la technique de la fracturation hydraulique, car ce n’était pas le cas de tous les détenteurs de permis d’exploration.
Concrètement, quelles sont ces techniques alternatives ?
Bruno Ageorges – Il est certain qu’à partir du moment où la loi a interdit l’emploi de la technique de la fracturation hydraulique, les conditions de développement de l’exploration des hydrocarbures de schiste ont été fortement remises en cause. C’est la technique utilisée dans des pays comme les Etats-Unis qui ont développé l’exploitation de ces hydrocarbures.
Il existe cependant d’autres techniques qui commencent à être employées outre-Atlantique, comme la fracturation au propane. Encore au stade expérimental, il existe également la technique dite de l’arc électrique. Malgré l’existence de ces techniques alternatives, à court terme, le développement de l’exploitation du gaz de schiste repose sur la combinaison de techniques connues comme du forage horizontal et de la fracturation hydraulique.
L’impossibilité d’utiliser cette technique depuis la loi de juillet dernier hypothèque fortement le développement éventuel de l’exploitation du gaz de schiste en France. S’agissant de l’exploration, à part des techniques comme celle du carottage, ça ne pourra pas aller beaucoup plus loin.
Au regard des connaissances actuels, l’exploitation du gaz de schiste est-elle envisageable à court terme, sans utilisation de cette fracturation hydraulique ?
Olivier Gantois – C’est difficilement envisageable s’agissant de l’exploitation, même s’il est possible de mieux connaître la nature du sous-sol par des techniques conventionnelles. L’autre aspect de la loi de juillet dernier, c’est la création d’une commission nationale d’orientation chargée de l’évaluation des techniques existantes et des techniques nouvelles, qui doit permettre d’envisager des perspectives pour l’avenir.
L’exploitation du gaz de schiste pourra-t-elle être à l’avenir « propre », c’est-à-dire sans dégât pour l’environnement ?
Olivier Gantois – A tout le moins, il est possible d’envisager des conditions opératoires de nature à mieux garantir le respect de l’environnement, sachant que certains estiment que les conditions actuelles ne sont pas réunies. Au-delà, on peut imaginer une évolution de ces techniques.
Quand est-il envisageable de disposer de techniques « propres » ?
Olivier Gantois – On raisonne là à moyen terme. Il faut que cette commission soit constituée, et qu’elle commence à travailler. La loi prévoit justement qu’un rapport annuel soit présenté devant le Parlement, sur l’évolution des techniques, ce qui pourra constituer un point d’étape dans un calendrier. Un premier rapport est attendu pour juillet 2012.
On vient de voir que les estimations sur les importants gisements américains viennent d’être revues à la baisse, quel est le potentiel estimé des ressources françaises ?
Olivier Gantois – Le législateur a choisi de ne pas nous laisser estimer ce potentiel directement en sous-sol. Tant qu’on ne pourra l’évaluer précisément, on ne pourra pas donner de chiffres fiables. Selon des projections de modélisation de l’agence américaine EIA, la France et la Pologne seraient en Europe, les deux pays les plus prometteurs.
Comment expliquez-vous la forte opposition mobilisée en France contre l’exploitation du gaz de schiste ?
Olivier Gantois – Il est certain que nous n’avons pas suffisamment communiqué, même si des rencontres ont été organisées sur le plan local avec les opérateurs. Mais manifestement, cela n’a pas été suffisant, et on le prend pour nous.
Pour le reste, de notre point de vue, le sujet a été traité de façon presque émotionnelle. A l’avenir, nous souhaiterions que le sujet puisse être traité de manière plus factuelle, que les risques éventuels soient identifiés, et qu’on réfléchisse à des solutions pour les diminuer.
La question environnementale mise à part, qu’apporterait à la France et aux Français une telle exploitation dans l’hexagone ?
Olivier Gantois – Au-delà de l’activité économique elle-même qui crée de l’emploi et de la valeur ajoutée, il y a un intérêt d’un point de vue de l’approvisionnement énergétique et de l’indépendance énergétique de la France. Même si on ne connaît précisément le potentiel des gisements français en gaz et en pétrole, la France important 99% de son pétrole et 98% de son gaz, ces productions autochtones viendraient réduire légèrement les importations et donc réduire la dépendance énergétique de la France, quelques soient en parallèle les efforts en terme d’efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables.
Malgré cette loi et cette opposition mobilisée, cette filière a –t-elle un avenir en France ?
Olivier Gantois – Nous avons du mal à être optimistes vu la violence et la détermination du législateur. Un certain nombre d’opérateurs a décidé de fracturer ailleurs si j’ose dire. L’enjeu, s’il y en a un, c’est de convaincre ces opérateurs qu’il a un avenir pour cette filière en France.
Bruno Ageorges – Il faut rappeler que la production d’hydrocarbures en France a une soixantaine d’années, et les conditions dans lesquelles ses activités se sont exercées ont toujours été bien acceptées. La filière française dont on parle est plutôt une extension d’activités déjà présentes sur le territoire. Au fond, avec le gaz de schiste, nous sommes dans la continuité de l’activité pétrolière, de la technologie, et du progrès constant exercés en matière de recherche et développement des hydrocarbures.
Le gaz de schiste Ukrainien convoité par Shell
Shell a annoncé le 1er septembre avoir signé un accord de coopération avec l’Ukraine dans le but de diversifier les ressources énergétiques minières du pays, dans lesquelles on retrouve l’extraction du gaz de schiste.Plus précisément, l’accord signé entre la société ukrainienne Ukrgazvydobuvannia et la compagnie anglo-néerlandaise Shell stipule une future coopération dans le domaine de l’exploration et de l’extraction d’hydrocarbures dans le bassin de Dnipro-Donetsk en Ukraine centrale.
Ainsi, Shell va investir jusqu’à 800 millions de dollars dans le projet de développement du gaz de schiste. La première phase du projet est estimée à 200 millions de dollars alors que la seconde a été évaluée à 600 millions de dollars.
Initialement, l’accord entre Ukrgazvydobuvannia et Shell qui avait été signé en 2007 stipulait la première phase dans le développement de la tranchée de Dnipro-Donetsk. Le potentiel de la zone était alors estimé à 400 milliards de mètres cubes de gaz. Il faut noter qu’environ 80 % de l’extraction d’hydrocarbures en Ukraine sont réalisés dans la tranchée de Dnipro-Donetsk.
En 2010, le centre de presse du Ministère de l’Environnement avait indiqué que le territoire de l’Ukraine possédait les plus grandes réserves de gaz de schiste du monde. Cependant, le volume de la substance n’était pas spécifié.
Depuis cette date, un certain nombre d’entreprises internationales ont exprimé leur désir d’explorer et de développer les ressources en gaz non conventionnelles en Ukraine. Le 9 novembre 2010, la Canadian East West Petroleum Cooperation (EWP) et la Kuwait Energy Company avaient réitéré leur souhait de produire du gaz de schiste en Ukraine. Avant cela, en juin 2010, une société polonaise Kulczyk Oil avait finalisé l’achat de 70 % de la société ukrainienne d’extraction de gaz KUN-gas.
(©AFP / 25 août 2011 10h51) in Romandie News
NEW YORK – Le régulateur des marchés américains, la SEC, a demandé des informations détaillées supplémentaires aux entreprises utilisant le processus controversé de la fracturation hydraulique pour exploiter le gaz de schiste, rapporte jeudi le Wall Street Journal.
Les demandes de l’autorité américaine incluent des précisions sur la nature des produits chimiques employés et les efforts effectués pour réduire l’impact environnemental, selon le quotidien, citant des responsables gouvernementaux.
La SEC souhaite que les industriels du secteur communiquent davantage sur les risques encourus par leurs actionnaires du fait de l’utilisation de ces techniques, notamment en cas de contentieux pour pollution.
Les informations transmises par les industriels à la SEC resteront toutefois pour le moment confidentielles, précise le journal.
La requête intervient alors que l’administration Obama cherche à trouver un juste milieu entre les inquiétudes environnementales et les attraits d’un secteur créateur d’emplois et de nouvelles ressources énergétiques.
La fracturation hydraulique, interdite par la France en juin hors expérimentations de recherche scientifique, consiste à casser les roches souterraines pour extraire le gaz qui y est prisonnier en utilisant un mélange sous très haute pression, d’eau, de produits chimiques et de sédiments.
La technique est principalement décriée pour son risque environnemental, associations écologistes et certains élus craignant notamment une pollution des nappes phréatiques et une catastrophe géologique.
Encore ignorées il y a 5 ans, les nouvelles techniques d’extraction du gaz ont bouleversé les équilibres mondiaux, en doublant par exemple les réserves estimées des Etats-Unis. Le développement du gaz de schiste pourrait réduire la dépendance européenne à l’égard de la Russie et de l’Algérie, selon des experts.
Le gaz de schiste suscite l’appétit des compagnies d’hydrocarbures qui y investissent des milliards de dollars.
La société pétrolière américaine Noble Energy a annoncé la semaine dernière l’investissement de 3,4 milliards de dollars dans l’immense gisement de gaz de schiste des Appalaches (est des Etats-Unis), à quelques centaines de kilomètres de New York et de Washington.

Les écologistes annoncent déjà la fin de la « bulle » du gaz de schiste. Les géologues américains viennent d’annoncer revoir nettement à la baisse leurs estimations du potentiel énergétique des Etats-Unis. Ainsi, la formation rocheuse Marcellus Shale, dont on estimait le potentiel à 11.000 milliards de mètres cubes de gaz naturel, en recélerait en fait près de 5 fois moins.
L’ U.S. Geological Survey (USGS) vient de publier un rapport dans lequel il estime que la région de Marcellus Shale contient environ 2,4 milliards de mètres cubes de gaz naturel pas encore découvert, soit cinq fois moins que les projections du département de l’énergie américain qui a donc annoncé revoir ses estimations à la baisse.
Plusieurs journaux, dont le New York Times, affirment que cette décision doit permettre de remettre en question le calcul des estimations souvent d’origine privée liée à l’industrie des hydrocarbures, qui ont une tendance à mentir sur leurs chiffres, les « dopant » sensiblement. Le manque de transparence autour du gaz de schiste continue d’empêcher d’évaluer clairement le potentiel du sous-sol de nombreux pays. Affaire à suivre, donc.
Infographie Le Progrès